Battisti

Le guet-apens

Adriano fuit le Brésil du Capitaine (Bolsonaro). Au terme d’une éprouvante échappée, il trouve refuge en Bolivie, à Santa Cruz. Refuge ? c’est vite dit. On lui a en fait tendu un piège, les pouvoirs locaux le « vendent » et les services italiens, qui le traquent depuis quarante ans, s’emparent de lui, l’exfiltrent, au mépris du droit d’asile, et le jettent en prison, à vie, en Calabre. Un récit âpre, nourri de chagrin et de peur, de révolte indomptée, une chronique brésilienne passionnante également. Où le héros, in fine, trahi, abandonné, « demande pardon à ses enfants à qui il laisse un monde pire que celui dans lequel il a vécu ». Le roman s’ouvre sur un avertissement qui précise que ce livre « n’est pas une autobiographie mais une autofiction ». On le comprend bien. N’empêche qu’on ne peut oublier d’y retrouver le destin tragique de l’auteur, victime d’une Italie (de sa classe dominante pour le moins) revancharde, mélonisée, incapable de tourner la page des années 70, dites les « années de plomb », et qui furent aussi des années de contestation et d’émancipation. « Le guet-apens » (traduit de l’italien par Vincent Raynaud) est le treizième roman de Cesare Battisti qui commença sa carrière d’écrivain avec « Les habits d’ombre » (1993) à la Série noire. On attend son prochain opus, et surtout son amnistie.

Gérard Streiff

Seuil



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