8 mars

Résistances, rassemblement, solidarité

Droits des femmes : il y a de la régression dans l’air. Un vent mauvais venu d’Espagne à propos de l’IVG, mais pas que... Féminisme, résistances, préparation du 8 mars : le point avec Laurence Cohen, membre de l’Executif, responsable du secteur Féminisme et droits des femmes, sénatrice.

Quelle sera la particularité de ce 8 mars 2014 ?
Le 8 mars, journée internationale des Droits des femmes, nous allons encore entendre : « journée de LA femme ». Mais de quelle femme parle-t-on ? Celle sur le papier glacé des magazines, cette femme fantasmée qui n’existe pas ? Cet idéal de femme : mère, épouse, amante parfaite. Un 8 mars, que la société de consommation veut transformer en fête commerciale, privée de ses racines révolutionnaires. C’est Clara Zetkin qui propose, en 1910, à Copenhague, une journée internationale des femmes. Et c’est le continuum de l’engagement communiste qui permet, aux côtés de celui des féministes, de progressistes, de fêter ce 8 mars comme une grande journée de luttes des femmes. Le 8 mars est l’occasion de parler des femmes invisibles d’ordinaire. Celles qui triment pour un salaire partiel, une retraite partielle du fait du temps partiel subi ! Celles qui, malgré leurs qualifications, leur ancienneté, n’ont toujours pas le même salaire que leurs collègues masculins ! Le 8 mars ne doit pas être le seul jour « anniversaire » où nos préoccupations se conjugueraient au féminin. C’est un point d’étape dans la longue marche pour l’égalité entre femmes et hommes. Et un rendez-vous de mobilisation incontournable. Car ici, en France, en 2014, on assiste à des manifestations importantes de tenants d’un ordre moral qui attaquent très durement les droits des femmes. En effet, la droite et son extrême se mobilisent contre le mariage pour toutes et tous, contre l’avortement. Ils s’en prennent à l’école en brandissant la soi-disant théorie du genre comme une menace civilisationnelle. En vérité, ne pouvant s’opposer à la politique économique du gouvernement qu’ils approuvent, c’est à l’égalité entre femmes et hommes que ces forces rétrogrades s’en prennent. Hélas, face à ces conservatismes, le gouvernement abdique, allant de reculs en reculs.

Quels droits mettre en avant ?
Les féministes communistes appellent à être nombreuses et nombreux à la manifestation nationale unitaire du 8 mars pour crier haut et fort notre volonté d’obtenir l’égalité professionnelle, le droit de pouvoir choisir d’avoir des enfants ou pas, de siéger à égalité dans toutes les institutions, notre soutien aux femmes migrantes… A la veille des élections municipales et européennes, les femmes doivent faire entendre leurs voix, car le changement passe par la transformation de leurs conditions de vie, par la déconstruction des stéréotypes qui leur assignent ainsi qu’aux hommes un rôle prédéterminé qui empoisonne le « vivre ensemble » et entrave les libertés. A Tours, nos camarades organisent un débat intitulé : « 70 ans après le droit de vote des femmes où en sommes nous de l’égalité ? ». Parlons-en, agissons et pas seulement tous les 8 mars. Dans une période où la tendance est de fractionner les combats, les féministes continuent à se rassembler et notamment celles du Front de gauche qui savent dépasser leurs différences, voire leurs divergences pour tenter de libérer la société de la domination patriarcale.

Le 8 mars est aussi un moment de solidarité internationale ?
Le 8 mars, en effet, est non seulement l’occasion pour nous, communistes français-es, de défendre et d’exprimer l’exigence de nouveaux droits mais également de manifester notre solidarité envers les femmes du monde entier. En particulier en Espagne, où le droit à l’avortement est gravement remis en cause. En Afghanistan où les femmes restent parmi les plus opprimées. En Palestine, où elles sont depuis toujours – en cette année d’anniversaire de la création de l’OLP – en pointe du combat contre la colonisation, l’occupation, pour la libération des prisonniers politiques...Dans toutes les zones de conflits armés, où elles sont prises pour cibles, le viol étant pratiqué comme une arme de guerre. Mais, les femmes sont aussi actrices de changements, comme en Tunisie où elles viennent de remporter une âpre bataille politique et idéologique. Elles ont réussi à éradiquer du projet de Constitution la notion de « complémentarité de la femme avec l’homme » qui perpétuait un ordre hiérarchique et de domination. Elles ont obtenu que, dans le texte final, figure « l’égalité entre femmes et hommes », un premier pas qui donne de l’espoir et de l’énergie !

Propos recueillis par Gérard Streiff



Site réalisé par Scup | avec Spip | Espace privé | Editeur | Nous écrire