2009 (1er trimestre)

BULLETIN COM/IDEES/EUROPE

n°37 (206) 5 janvier 2009

1) Etat de l’opinion

Enquête BVA/Les Echos (16/12) qui montre que pour Sarkozy, la parenthèse européenne se referme ; il a pu surfer au second semestre 2008 sur sa posture de président européen (très mise en scène) et sur les premiéres annonces de mesures anti-crise (et l’interventionnisme de l’Etat) ; le ton change en fin d’année. L’opinion est plus critique sur sa politique économique (61% de mauvaise opinion). Pour le patron de BVA, « *c’est un premier très mauvais signe pour Sarkozy alors que 2009 d’annonce terrible socialement* ». Un mouvement de défiance qui devrait s’amplifier ; désormais 50% des Français anticipent « un mouvement social important ou une paralsie du pays comme en 1995 ». L’institut note que ceux qui prévoient une explosion sociale sont aussi ceux qui rejettent l’action du pouvoir ». Résultat qui devrait l’inquiéter, dit-il encore.

Même topo pour le sondage IFOP/JDD (21/12) ; l’institut rappelle que Sarkoz faisait 35% en mai, 40% en aout, 37% en septembre et 44% à la mi décembre ; mais le mécontentement est majoritaire (55%) ; il est « presque exclusivement social ». L’IFOP note « un clignotant inquiétant : le niveau de mécontentement des salariés du public : 70% » !

2) Les économistes : Vivement 2010 !

Tel est le voeu de nombre d’articles de la presse de droite en cette période ; on redoute beaucoup l’année à venir. C’est le cas notamment du chroniqueur économique du Figaro, de Kerdrel (30/12) qui prévoit trois «  catas » en 2009 : une *sévère récession* économique (au passage il rend un hommage involontaire au poids du public en France un peu mieux protégé de la crise que les Américains ou les Anglais qui ont fait du tout finance ou du tout immobilier, en écrivant : « La France est forcément moins touchée compte tenu de la part exorbitante des dépenses publiques (54%) dans la richesse nationale ) ; une *probable dévaluation du dollar*, pas bonne pour l’Europe ; des *troubles sociaux* importants.

Sur les mesures à prendre, outre le débat, creux, sur la moralisation du système ( « le rendre vivable » dixit Daniel Cohen in JDD du 28/12), convergences pour souligner l’importance de la puissance publique et donc de la volonté politique ( et la spécificité française est volontiers souligné), la nécessaire remise en cause des contraintes européennes (pacte de stabilité et libre concurrence) ; voir de ce point de vue l’intéressant papier de JP Fitoussi in La Tribune du 30/12.

Voir aussi « L’aperçu des thèmes idéologiques sur la crise » réalisé par Alain Vermeersch. A noter dans la presse économique des papiers de plus en plus critiques contre le plan Paulson jugé inefficace ; article du Figaro Economie du 31/12 sur 2009 vu par les marchés : incertitude, prudence, horizon bouché, total brouillard, visibilité nulle... Seul (petit) espoir : l’écho provoqué par la venue d’Obama le 20 janvier.

3) Mouvement social ou pas ?

La question de « troubles sociaux » à venir est l’objet de débats.

Certains papiers évoquent une opinion « sonnée » et passive.

Pour Le Monde (20/12), les salariés font profil bas sur les salaires par exemple ; alors qu’on notait un nombre croissant de conflits sur les revendications salariales jusqu’à l’été, ces luttes seraient nettement moins nombreuses aujourd’hui ; l’emploi serait redevenu la question n°1, « les gens sont sonnés » (CFTC) ; opinion plus nuancée de la CGT qui pointe nombre de petits conflits non médiatisés.

D’un autre côté, beaucoup parlent (par peur ? Pour conjurer le sort ?) d’un inévitable affrontement social à venir. Y compris des observateurs pondérés. A propos des conflits qui se multiplient contre les délocalisations d’entreprises, Bernard Bruhnes dans le Figaro du 23/12, estime que « ce ne sont pas de simples barouds d’honneur... Il est normal que dans une démocratie les salariés puissent exprimer une juste colère et refusent d’être traités comme des moutons ».

Ajoutons ici le résultat des prud’homales. Certes, seul un salarié sur quatre a voté, mais progressent le plus la CGT (+1,6) et Solidaires (+2,3), « les deux organisations qui sont sur le terrain des luttes » a dit A. Coupé. Voir la « carte de France » de la casse sociale (et des conflits) établie et actualisée par Médiapart.

On signalera en passant que le film dont on parle en cette fin d’année est « Louise Michel », fable qui raconte comment tuer un patron ripou et déménageur d’usine...

4) Crise et comportements

Autre étude, toujours du Monde (27/12) sur crise et consommation ; s’il semble qu’on a beaucoup acheté pour les fêtes ( sacro saint caractère familial), en même temps les gens (SOFRES dixit), « 80% des sondés disent qu’elles ont commencé à réduire leurs consommations » ; c’est le cas pour l’alimentation (vers le « hard-discount »), l’habillement. Sans parler de l’automobile et de l’immobilier.

Nouveaux types de consommation ( moins de superficiel, de superflu...).

La crise souligne fortement les inégalités sociales à l’oeuvre ; d’un côté les nantis continuent de sur-consommer ; d’un autre côté une étude du CREDOC (Le Monde, 24/12) montre qu’une fois payées toutes les dépenses fixes (loyer, charge, énergie, crédit, téléphone), 56% des ménages pauvres ne disposent plus que de 250 euros. Plusieurs études aussi sur les Français, la générosité, la fraternité ; les gens ont autant donné en 2008 qu’auparavant, ils donnent même plus de leur temps (bénévolat humanitaire) ; il a un besoin de fraternité dans l’air.(Cf JDD du 28/12) ; voir aussi le sondage La Croix/CSA, 27/12 qui montre que « si la société est de moins en moins fraternelle, les Français veulent aider leurs proches et les plus démunis ». On ressort Edgar Morin (JDD, 28/12) sur le bon usage de la crise ( Sarkozy avait déjà tenté de l’annexer il y a un an...)

5) Quartiers populaires en voie de ghettoisation

Bonne interview du sociologue Didier Lapeyronnie, auteur de « Ghetto urbain » chez Laffont dans Le Monde du 30/12. Il estime que l’enfermement de certains quartiers populaires sur une forme ghetto, c’est à dire protection contre le reste de la ville et autoconstruction d’un mode propre d’existence ou de survie, s’accentue ; il note que le phénomène est plus marqué en province (Ouest notamment) que dans la RP ou la région lyonnaise ; il souligne le *caractère sexiste* du phénomène : en effet « la féminité permet d’échapper au racisme », les femmes sortent plus volontiers du quartier, leur émancipation accentue l’isolement des hommes, lesquels prennent ça comme une humiliation supplémentaire, une « trahison » et accentuent en réaction leurs attitudes machistes et réacs.

6) L’idée d’un secteur bancaire public grandit

Le Figaro du 27/12 s’agace de la popularité croissante de l’idée d’un pole public bancaire dans un long papier critiquant « les vieilles recettes remises au goût du jour ». Partant de l’affaire Dexia, de la paralysie du crédit bancaire, l’Etat veut intervenir plus dans le financement et depuis un mois on parle d’un pole Banque postale/ Oséo/ Crédit local de France (Dexia)/ le Crédit foncier (Caisses d’épargne) soit la reconstitution de la Caisse des dépôts telle qu’elle était avant la privatisation du Crédit local (1993) et étendu à la Banque postale.

« Rétrograde » dit le quotidien ; hostilité de Lagarde ; rappel malheureux du Crédit Lyonnais. « N’empêche, l’hypotgèse circule ».

7) Démocratie

On notera que le débat sur la question sur les libertés est très faible en cette fin d’année, alors que se multiplient les régressions autoritaires : attitude arbitraire des flics ; affaire de « l’ultra-gauche  », chasse aux journalistes, mise sous tutelle de l’audiovisuel, etc... A noter une tribune alarmée de Loïc Blondiaux in Le Monde (De la démocratie et de son avenir).

8) PS et européennes : limiter la casse

Le PS cherche à limiter la casse aux européennes, telle est l’analyse de Stéphane Alliès à Médiapart (17/12). Le PS faisait 29% en 2004, vague rose oblige, il a 31 sortants. Le prochain scrutin sera plus difficile pour lui. Problèmes de concurrence à gauche ; problèmes de vie interne avec la désignation des candidats selon les courants (ou inter courant genre Hamon ou/et Désir en Ile de France). Les royalistes demandent une représentation proportionnelle ; l’IFOP estime que l’électorat royaliste « pourrait ne pas voter PS à 40% ».

Note de Bernard Poignant, président du groupe, à Aubry, insistant pour que les prochains élus « prennent au sérieux » les postes d’eurodéputé, ne quittent pas leur mandat, ne cumulent pas. Souhaite une validation de la liste pour la mi février au plus tard.

Pour Hamon, « campagne de gauche, ligne de gauche ».

Sur un sujet proche, lire le long papier de Guy Sorman in Le Figaro du 19/12, « Comment la crise a laminé la gauche » : crise de la social-démocratie, concurrence d’une « nouvelle extrême gauche » ; concurrence d’une droite convertie aux méthodes keynesiennes ; difficultés à s’intégrer dans une Europe libre-échangiste et concurrentielle. « Les socialistes n’ont pas de programme digne de ce nom ».

PS toujours : contre-plan de relance

ce parti discuterait en secrétariat national le 13 janvier un «  contre-plan de relance » ; on insisterait sur les questions du logement (blocage des loers, réquisition des lieux publics et logements vides) et de la consommation ; réunion à la Mutu le 1er février des 3200 secrétaires de sections de base sur « les réponses socialistes à la crise ».

Spéculations dans la presse sur le caractère « antilibéral » de ce plan ; Michel Sapin, proche de Delanoe, a été confirmé au secrétariat national à l’économie.

9) L’UMP refonde le capitalisme

Convention UMP sur la crise financière, intitulée « Le changement, résolument » ; retour du discours sur la moralisation, l’éthique ; le parti présente « 37 pistes pour refonder le capitalisme » ; dont la création de crédits hypothécaires, variante française des subprimes et allègement de l’ISF.

Louanges, par le nouveau patron Xavier Bertrand d’une « Europe sociale dont 2008 a marqué le redémarrage. Maintenant nous avons conscience que l’Europe protège en mettant fin au dumping social »...

10) Partis/Organisations/Divers

NPA/LCR

A réuni les 13 et 14 décembre « la gauche anticapitaliste européenne », en fait les formations genre LCR de neuf pays d’Europe ; le commentaire de Sabado dans « Rouge » (29/12) vise avant tout à polémiquer avec le «  Parti de la gauche européenne ».

MODEM

Présente sa liste aux européennes le 8 février. En 2004, l’UDF avait fait 12% et11 sièges ; six sont restés au Modem.

JM Balet (PRG) souhaite s’allier au Modem pour les européennes.

UMP

Toujours beaucoup de commentaires sur la réorganisation de la direction du parti. L’UMP aurait perdu 90 000 adhérents en 2008 et en compterait encore 273 000, le plaçant devant le PS= 170 000.

Une citation de Copé à Sarkozy qui donne l’ambiance au sein de l’UMP : «  Tu as prévu de filer les clés de l’UMP à Xavier Bertrand ; tu devrais en garder un double ».

Tapie

Sortie du livre « Sous le tapie » de Laurent Mauduit (Stock) qui montre bien comment Tapie a su jouer de la « victimisation », comment le tribunal arbitral qui a rendu le jugement a été fait sur mesure, comment l’affaire a été conduite au plus haut niveau, pour un résultat net : 285 millions pour l’affairiste.

BULLETIN COM/IDEES/EUROPE

n°38 (207) 9 janvier 2009

1) Etat de l’opinion

Enquête Figaro/Opinionway après les voeux de Sarkozy ; pour 69%, il ne rassemble pas les Français, pour 64% il n’est pas à leur écoute ; pour 63%, il ne rassure pas ; pour 62% il n’est pas proche ; pour 60% il n’est pas sincère. Seules qualités majoritairement reconnus : dynamique (81%) et courageux (67). Ce qui n’empêche pas Le Figaro du 3/1 de titrer : «  Pour les Français, Sarkozy est davantage rassurant et rassembleur » !

Sondage Figaro Magazine/Sofres de janvier où Sarkozy gagne 4 points (41% de confiance) ; qu’il gagnerait plutôt dans l’électorat de gauche ( et PS) alors qu’il reste stable à droite ; en lien avec l’opération Besson ?

A l’occasion du colloque « Besson » sur l’avenir du capitalisme en Europe, sondage Sofres qui montre une opinion française plus à gauche et plus critique que l’opinion européenne ; 74% des Français estiment que «  la crise remet en cause nos valeurs et nos façons de vivre » ; 53% se prononcent pour une réforme du capitalisme « en profondeur » (en même temps gros scepticisme sur la capacité de réformer) ; 59% estiment que l’Etat n’intervient pas assez ; on trouve aussi l’intervention étatique insuffisante en matière de protection sociale.

Côté valeur, on regrette la trop grande place prise par la consommation, l’individualisme, la performance ; aspiration à l’humanisme, à des valeurs collectives : respect d’autrui, famille,responsabilité individuelle.

Doute, en France, sur la politique : 39% attendent une amélioration de leur propre action ; idem des scientifiques, 36% des associations de citoens, 30% des « gouvernants ».

2) Repenser le capitalisme ? Chiche

En l’absence d’une vigoureuse contestation de gauche du capitalisme, tout se passe (ces derniers jours en tout cas) comme si la droite occupait le terrain de l’explication de la crise.

De deux manières : les libéraux repointent le nez ; chronique très symptomatique du chroniqueur du Figaro, de Kerdrel, le 6/1 qui, après avoir fait le gros dos, minimise la crise, vante les vertus retrouvées de la main invisible du marché (texto) et agonise l’’économie administrée.

D’autre part, forte médiatisation du colloque « Besson » (et de Besson lui même, ex économiste en chef du PS...) sur le nouveau capitalisme, ses valeurs, sur mondialisation et justice sociale, sur régulation. Du beau linge (Sarko, Merkel, Blair) et surtout caution remarquée d’une partie de la gauche : Rocard, Lam, Monks, Chérèque, le journal Le Monde qui joue les médiateurs...

On mesure là la mobilité et l’opportunisme de cette droite sarkozyste, capable en permanence de « bouger » alors même - un responsable de la Sofres dixit- qu’elle est « sur un champ de ruines » idéologiques (anti-libéralisme ambiant).

Lire absolument à ce propos l’excellente chronique de Mauduit dans «  Médiapart » du 8/1 ; il fait la démonstration du choix libéral Sarkoziste, capable de faire des sorties volontaristes (patrons voyous...) mais qui est radicalement du côté dd’un capitalisme à l’anglo saxonne, dur, inégalitaire, privilégiant à outrance le capital contre le travail ; et il montre dans le même mouvement l’insignifiance de la critique socialiste des plans de Sarkozy.

Au passage on remarquera l’évolution différente prise par les deux ex chroniqueurs économiques du Monde, Le Boucher filant vers l’ultralibéralisme et la direction des Echos ; Mauduit vers une critique de plus en plus radicale du capitalisme.

3) Explosion sociale ?

Les commentaires de début d’année tournaient autour de l’idée : 2009 sera l’année horrible ; avec souvent une double morale, contradictoire : *ça va péter*, de manière chaotique ( « un mouvement sociétal à la grecque » laisse entendre l’Elysée) ; dans le même esprit, papiers de Libération sur les pratiques d’ « autoréductions » (passage en force des caisses de grandes surfaces ; occupation de logements...) même s’il y a là des formes nouvelles de militantisme à suivre ; ou alors *tous aux abris*, ça va se replier, c’est à dire que la crise va ramener chacun dans son coin. L’Elysée fait dire qu’il ne croit pas à un mouvement social, qui n’existerait qu’en période de croissance.

Voir le dossier des « Liaisons sociales » (janvier 2009) : « Une explosion sociale est-elle possible en France ? » Jean-Luc Le Gall (DRH) ne croit pas à « des mobilisations massives » mais allerte sur tois thèmes : jeunes – retraités – banlieues. Roederer (Sociovision ) pense qu’on « n’a pas les ingrédients d’une flambée sociale à l’ancienne » mais alerte sur des « jacqueries » ; Stéphane Sirot (universitair) voit lui « une succession de flambées sociales partielles » mais évoque la faiblesse des contre-pouvoirs.

4) Les mots de la crise

Etude de l’Institut Mediascopie (Denis Muzet) sur « les mots de la crise  ». 100 mots d’actualité sur la crise ont été testés ; ils sont pour les sondés au ¾ inquiétants, et ¼ rassurants.

Les deux mots les plus inquiétants : licenciements, chomage ; les mots rassurants : Obama, livret A, mesures de protection, transparence des transactions bancaires, espoir.

La crise est massivement vécue comme « globale ».

Il semblerait que l’euro et l’Europe aient gagné en crédibilité : « la crise a rapproché les Français de l’Euro et de l’Europe » dit l’étude.

Les termes qui font peur : crash boursier, finance folle, tsunami financier, dictature des marchés, subprimes, dérives du capitalisme, séisme économique, contamination.

5) C’est difficile pour « tous » les Français

C’est un des messages adressés par Sarkozy lors de ses voeux. TOUS les Français sont dans le même bateau. Belle manière d’escamoter les inégalités croissantes de la société, les profits fabuleux, les acquis des banques ( cf Les Echos du 5/1 sur BNP/Parisbas, devenue en 2008 la première banque d’affaires au monde) ; on dit (Le Monde) que la crise a eu au moins le mérite d’effacer la mauvais image laissée par « le paquet fiscal » de 2007.

On a même tenté pendant les fêtes de nous faire pleurer sur le sort de ce boursicoteur (et aristo) français de New York, suicidé car ruiné par l’affaire Madoff.

C’est oublier aussi ces commentaires sur la surconsommation de produits de luxe ou la surfréquentation des lieux de vacances par des catégories sociales qui manifestement ignorent la crise.

Alors que le capitalisme n’a jamais été aussi inégalitaire ( profits, stock-options, dividendes).

6) Y a plus d’argent

Autre tour de passe passe, l’idée que l’argent se serait volatilisé dans la crise ; les cas de faillites deviendraient emblématiques du fait que «  les caisses sont vides ». Tour de passe passe car l’argent est là et l’économiste du Figaro ce matin (6/1) « trouve » par exemple 300 milliards de dollars avec la baisse du pétrole et encore 300 milliards de dollars avec la baisse des taux... Ressortir Capital de novembre 2008, « Patrons, le jackpot » ou « les bénéfices record du CAC40 » in Le Monde du 17/11. Début de débat sur une relance par la consommation, vive opposition de l’Elysée.

7) S’adapter à la crise

Autre thème qui revient fort : la capacité des Français à s’adapter à la crise. Il ne s’agit pas ici de faire le choix d’un autre type de développement durable mais plus simplement de conseiller aux pauvres le système D : acheter discount, moins cher, etc...

Mise en valeur aussi d’une idéologie de la pénurie, sous différentes formes ; lire par exemple les voeux du directeur de la rédaction du JDD (4/1) qui suggère d’oublier un peu le « quantitatif » et de penser au conseil d’’Edgar Morin : vive l’amour et le bonheur !

Nombreux articles volontaristes sur le besoin de « positiver », discours qui paradoxalement peut plaire en ces temps de grisaille.

On remarquera que les « penseurs » qui font la « Une » des médias en ces premiers jours de 2009 s’appellent Marx, Keynes ou Barthes : voir le Figaro du 3/1 ou le Monde ou Le Monde2 ou Le magazine littéraire). 2009 sera aussi une année hommage à Darwin.

8) Des idées progressistes avancent

Gauchissement du débat politique général et des idées communistes progressent.

Exemples : celle d’un pole financier public est suffisamment fort pour que Le Figaro du 27/12 consacre un long développement, sur le thème : comment le pouvoir pourrait utiliser à son profit cette piste.

Signalons aussi la critique (positive) en page Economie du Monde de l’ouvrage de Jean Lojkine « La crise des deux socialismes » au Temps des cerises. Première fois depuis bien longtemps qu’un intellectuel communiste a droit a une vraie attention de ce genre de journal.

9) Pascal Thomas

A noter la prise de position (dans Le monde) du cinéaste Pascal Thomas, favorable à la nouvelle configuration de l’audiovisuel (suppression de la pub).

10) Partis

PS : forte campagne de presse pour le présenter à l’offensive, comme un opposant résolu ! Ses responsables à l’économie (Sapin, Migaud, Bachela, Vidalies) rencontreraient « les partenaires sociaux » avant de présenter « les réponses socialistes à la crise sociale » au BN du 14 janvier.

UMP : très nombreux papiers (notamment Le Monde du 3/1) sur « la réorganisation » de la direction de l’UMP, d’un intérêt souvent limité, comme s’il s’agissait de montrer que le parti ( comme Sarkozy) bouge et travaille et crée...

Il est aussi beaucoup question d’une plus forte implication du parti dans Internet.

Parti de gauche : congrès les 30, 31 janvier et 1er février

NPA : lire l’enquête de Politis du 24/12 intitulée « La bataille des chiffres ». Thème « le nombre d’adhésions n’est pas à la hauteur des ambitions affichées » ; l’objectif des 10 000 (soit la LCR x 3)n’est pas atteignable, dit une note interne, « arrêtons de communiquer sur les 10 000 ». Report du congrès aux 6,7 et 8 février

Cohn-Bendit boosté

Article de Libération (5/1) sur la liste de Cohn-Bendit aux européennes qui serait la grande gagnante en piquant des voix au PS, à l’UMPO, à la LCR, à Bayrou....

Même topo dans un commentaire global sur les européennes d’Europe1, le 7/1, de Vogial/Namias, intitulé « Les élections européennes de 2009 » : en gros, tout le monde va y perdre des plumes sauf Cohn-Bendit...

FN

Longue analyse du Figaro du 9/1 sur l’état et l’avenir du FN.

BULLETIN COM/IDEES/EUROPE

n°39 (208) 15 janvier 2009

1) Etat de l’opinion : situation paradoxale pour Sarkozy

Minoritaire dans l’opinion, Sarkozy demeure cependant à un niveau relativement haut de popularité, vers 46% ( il gagne 2 points pour Métro/Opinionway (46) mais perd un point (46) pour Viavoice/Libération ; il est à 45 (-1) pour Ipsos/Le Point ), à 47% pour Paris Match. Tout se passe comme si son « omniprésence », l’épisode européen et l’absence d’alternative le servaient encore.

En même temps, batterie de sondages (La Croix, Libération) montrant une forte inquiétude de l’opinion (entre 60 et 70% de l’opinion) sur tous les enjeux économiques et sociaux.

Tout se passe comme si le pouvoir ne payait pas encore pour les conséquences concrètes de la crise.

Tout se passe aussi comme si les Français ne « politisaient » pas cette crise. »Ils ne font pas une lecture partisane de la situation » dixit La Croix.

Cela rejoint un thème souvent entendu du côté de l’Elysée : ne politisons pas les choses. Ce qui explique en partie le refus d’accorder trop d’importance au remaniement ministériel, présenté comme un aménagement technique.

Enfin sondage BVA/Les Echos « Baromètre mondial de la crise économique  » ; effectué dans 17 pas ; il ressort que de tous ces pays « La France se distingue par le profond pessimisme » ; mais on note un deuxième élément : un peu partout, *cette défiance « est accompagnée d’un regain de popularité des gouvernements »*, une tendance à serrer les coudes qu’on retrouve en France avec Sarkozy.

2) Nouveau capitalisme

Le Figaro (de Kerdrel, chroniqueur économique très libéral, 13/1) résume ainsi les leçons du colloque Besson « Nouveau monde, nouveau capitalisme  » tenu la semaine passée avec Blair, Sarkozy, Merkel : »plus de règles, plus de normes, plus d’Etat, moins de court terme, suppression des paradis fiscaux, suppression de tout ce qui est complexe et création d’une sorte de conseil économique mondial sur le mode du Conseil de sécurité ».

Le chroniqueur parle d’une « pensée unique » qu’il ne partage pas, partisan, lui, du laisser faire libéral et de l’ « éthique », et se félicite de voir que le seul intervenant audacieux au colloque a été Michel Rocard pour qui « l’affaire de l’Etat n’est pas de faire de l’économie à court terme ».

3) Retour de la morale

Sur un sujet proche, longue tribune de l’universitaire (et néo patron) P Gomez dans Le Monde du 13/1 sur « Le retour de la morale ? ». Les libéraux pensaient, depuis Adam Smith, que le capitalisme n’avait pas besoin de règles morales car pour eux la somme des intérêts individuels contribuait de fait (main invisible) à l’intérêt général. Le capitalisme est donc « amoral » ce qui ne veut pas dire « immoral » précise-t-il, même si l’actualité (Madoff et compagnie) montrent bien que mensonges et manipulations sont le nerf de la guerre capitaliste. Faudrait donc moraliser, pouvoir faire confiance, mais, dit le bonhomme en conclusion  : « Cette hypothèse nous fait revenir à notre point de départ : en qui avoir confiance si l’opportunisme est inévitable dans une société gouvernée par l’intérêt privé ? ».

4) Le capitalisme et au-delà

Un petit livre qui fait beaucoup causer : « Capitalisme et pulsion de mort » de Gilles Dostaler et Bernard Maris (Albin Michel). Les auteurs revisitent l’économie capitaliste à partir des réflexions de Kenes et de Freud ; en montrent les « passions irrationnelles », la course au fric que Freud appelle « un désir morbide de liquidité » ; il est question de frénésie de l’argent, de gaspillag. A noter ces remarques de Kenes qui pensait qu’un jour il aurait un « au-delà du capitalisme » où « l’art de la vie » remplacerait enfin cet « art d’accumuler les moyens de vivre ».

5) Jeunesse « nouvelle »

Nombreux études sur l’insatisfaction de la jeunesse, première victime de la crise, sur les risques d’explosion dans ce secteur ( école, banlieue) ; attention toute particulière de Sarkozy à ce milieu (nomination de Descoings, de Hirsch) ; articles (12/1) sur la jeunesse et « le mur de défiance » entre elle et le pouvoir ( Galland in Les Echos). « La jeunesse est difficile à ramener à la raison » selon Le Figaro. Libé titre sur « Le malaise d’une génération » et parle d’un retard français.

Sortie à la Documentation française d’un livre/dossier (n°955) sur « Les nouvelles jeunesses » évoquant les évolutions et les difficultés des jeunes en France et dans les pays occidentaux. On est (considéré) jeune « plus longtemps », accès plus tardif à l’emploi, aux responsabilités de famille ; montée des cultures juvéniles, individualisation, désengagement, exposition à de nouveaux risques, nouveaux rapports au politique, nouvelles formes d’exclusion, discriminations, internationalisation : les sociologues (Cicchelli, Galland) parlent de «  nouvelles jeunesses » dans ce recueil d’articles.

6) L’affaire St Lazare et la question des transports

La fermeture de St Lazare lundi (et les grèves dans cette gare) ont donné lieu à deux types d’argumentaires, notamment à droite : d’un côté une tentative de jouer le public contre les grèvistes, Le Figaro a été exceptionnellement violent (4 colonnes en Une qui sont un appel à la violence antigrèviste) ; le journal de Dassault s’est d’ailleurs bien droitisé (!) ces derniers mois, notamment avec la venue d’Etienne Mougeotte (ex TF1).

Mais l’affaire St Lazare a suscité, à droite aussi, un autre ton : il a crise des transports. L’organe néo patronal Les Echos par exemple (14/1) fustige la SNCF : c’est bien de faire des TGV, dit-il, mais on a oublié un « service de proximité de qualité » ; « les voyageurs du quotidien sont huit fois plus nombreux que ceux des TGV »...

(Et ne parlons pas de cette pauvre ligne 13 du métro !).

7) PS et libertés

En dépit d’une très forte couverture de presse la semaine passée sur «  le retour du PS », Martine Aubry, pour Métro/Apco, lundi, perd sept points et se retrouve au niveau du Chef de l’Etat. Long papier du JDD (11/1) sur l’importance que le PS va accorder à la question des libertés publiques ; ses responsables opèrent une véritable autocritique ( on n’a pas assez fait sur les libertés, on a oublié les sans-papiers, « pendant des années on a laissé tomber cette question »,  »on était devenus sécuritaires » ; contre-offensive donc avec notamment la publication d’un « Livre noir des libertés sous Nicolas Sarkozy ». Mais pas d’autocritique comparable en matière économique et d’analyse du capitalisme. Tiraillements internes sur Israel et Gaza.

8) L’opinion, la presse et Gaza

Intéressant sondage Le Parisien/CSA (12/1), montrant un soutien très minoritaire à Israel, puisque 28% renvoient Israel et Hamas dos à dos, 23% accusent le Hamas, 18% accusent Israel et 31% ne se prononcent pas.

Un sondage très en decallage avec l’image que les médias donnent du conflit qui souvent caricarurent les manifs, assimilées à des assemblées de barbus (France-Info, Ripostes ; papiers outranciers du Figaro).

9) Héros libéraux

Le Golden Globe (Hollywood) a été attribué à « Slumdog millionaire » de Danny Boyle (qui sort cette semaine en France), une « fable » d’un orphelin d’un bidonville de Bombay qui devient milliardaire en gagnant à un jeu télévisé. Autre personnage très boosté ces jours-ci (gros article du Fogaro) : Fanny Gamelin, fille d’un patron de chantier naval de La Rochelle qui s’est suicidé : elle fait appel aux dons, sur internet, pour assurer la paye des ouvriers de son ex père...

Enfin grand retour de JM Messier (ex Vivendi) avec « Le jour où le ciel nous est tombé sur la tête » (Seuil) ; cet escroc est présenté dans plusieurs journaux comme un penseur de la crise et Slama du Figaro lui consacre une chronique (15/1) qui commence ainsi : »On respire. On avait toutes les raisons de craindre que la crise économique ne regififie en france un consensus antilibéral. Surprise : quelques voix refusent cette idéologie dominante » dont JM Messier....

10) Partis/organisations

MEDEF : rentrée compliquée

La presse économique glose sur les difficultés de Parisot et les divisions internes du MEDEF ; prochaine sortie d’un livre à charge sur ses relations avec l’UIMM, « Enquête sur le patronat » de Guillaume Delacroix chez Plon ; échec du dossier assurance-chomage ; magouilles autour du 1% logement ; tensions avec la CGPME (tensions entre un patronat CAC40 et les autres ?).

Sans parler des pratiques de « parachutes dorés » qui perdurent ( voir dossier Le Monde, 14/1) malgré les promesses.

BULLETIN COM/IDEES/EUROPE

40 (209) 22 janvier 2009

1) La crise, la droite et Sarkozy

La grande enquête, mentionnée dans le précédent Bulletin (BVA/Les Echos) montrait que la crise « s’accompagne souvent d’un regain de popularité des gouvernements » et d’une tendance à « serrer les coudes » autour des autorités ; on pourrait ajouter : d’un regain de popularité de la droite : voir les dernières élections allemandes (Hesse) ; le quasi effondrement de Brown en Grande Bretagne ( après avoir loué sa résurrection les mois derniers) ; l’affaissement similaire de Zapatero, après avoir longtemps parlé d’un « miracle espagnol ».

On a relevé dans les derniers sondages que *Sarkozy se maintient à droite et grimpe (un peu) à gauche ; *voir sa promotion de Besson au gouvernement et à l’UMP, ses sorties sur les patrons voyous, l’appel aux banques à renoncer aux bonus, le conseil aux entreprises de moins verser de dividendes, etc...

Même démarche ambivalente sur le front culturel avec ses voeux adressés au monde de la culture, à Nîmes, une première. Double initiative présidentielle : un coup à droite avec l’idée d’un Musée de « l’identité nationale » en quelque sorte aux Invalides ! ; et un coup à gauche avec la nomination de Marin Karmitz à la tête d’un Conseil pour la création artistique ( cf son interview in Le Monde du 15/1).

2)Des moyens pour l’hôpital

Grosse enquête BVA/ Les Echos/ France Info sur la politique économique du pouvoir qui confirme la tendance de ces dernières semaines : l’image de ses choix économiques est « moins mauvaise » en ce début d’année que fin 2008 (36 bonne, +2, 57 mauvaise, -4) et c’est à gauche que la très légère amélioration est sensible.

Mais l’intérêt de l’enquête est de montrer un *soutien massif de l’opinion (71%) à l’idée (présentée comme une idée syndicale) de donner « des moyens financiers supplémentaires » à l’hôpital* et un désaveu de l’idée (sarkozyste) que l’hôpital peut être plus efficace sans nouveaux moens.

3)Redécouverte du militantisme

L’organisme néo-socialiste « Terra Nova » a envoyé une mission aux USA pour étudier la campagne de Obama. Il en ressort ( cf Le Monde 20/1) que la principale énergie de sa campagne n’était ni les médias ni les plans « com » mais un travail de terrain dans ce qu’il a de plus classique, le porte-à-porte : « On a généralisé à l’échelle du pays les campagnes de terrain de démocratie locale ». Et pas de visite à domicile de personnalités mais de militants, de voisins : « Ce n’est pas un spécialiste de la politique qui vient s’adresser à l’électeur mais quelqu’un comme lui, un citoyen de base ; la communication s’effectue entre pairs et son efficacité est exceptionnelle ».

*L’efficacité de cette « mobilisation de masse » a même été chiffrée : «  on gagne une voix pour quatorze personnes visitées* alors qu’il faut distribuer un tract à 10 000 personnes pour obtenir le même résultat ».

4)Le maillon faible : « l’aide » aux banques

Leit-motiv qui revient dans tous les commentaires économiques sur tous les plans de sortie de crise en France, en Europe, aux USA : l’aide aux banques est jugée vaine car sans contrepartie rélle, sans contrôle.

Cela vaut pour les USA. Décalage entre la ferveur populaire pro Obama ( qui s’accompagne cependant d’une détérioration « vertigineuse » du moral de l’opinion à propos de l’économie) et les pronostics catastrophiques des experts sur l’enfoncement américain dans la crise ; voir Le Boucher in Les Echos qui estime que le plan de relance américain n’est pas finançable ; qu’un krach du dollar est possible. Voir brézet dans le Fig Mag qui parle de « terrible bataille pour le crédit », d’endettement massif.

Voir le dossier de « Marianne », « Rendez l’argent ! » (17/1)

En Grande Bretagne, de plus en plus de voix, reconnaît me Figaro Eco, ( profs à la London School of Economics, des députés travaillistes, le président de la commission finances de la Chambre des communes, proposent une nationalisation totale du secteur bancaire britannique. *Rappelons que l’idée d’un pôle public bancaire est une idée qui monte si on en juge par l’énergie mise par à droite pour la combattre.*

5)Gel des salaires

Les médias économiques faisaient état d’un recul des revendications sur le pouvoir d’achat à partir de septembre, recul accentué avec l’enfoncement dans la crise ; tout se passe comme si on passait à une nouvelle étape désormais « le gel » des salaires voire des « diminutions  » ; c’est le thème d’une pleine page du JDD (18/1) , « Alerte au gel sur les salaires », indiquant que les grands perdants sont dans les transports, l’automobile, l’informatique, le bâtiment ; et qu’il ny a «  pas de limite légale aux diminutions ».

6)Nouvelles réflexions sur le travail

Economiste, sociologue (CNAM), Jean-Louis Laville publie « Le Travail. Une nouvelle question politique » ( Desclée de Brouwer). Il démonte la fausse opposition passée travail/contrainte – hors travail/liberté ; estime que c’est « une question politique majeure » ; que les salariés sont des hommes doubles, parlant de « compétitivité » en réunions, insistant sur le stress et la dégradation du climat en privé, « une schiziphrénie insupportable » ; *il pointe les nouvelles alliances possibles entre salariés et cadres « contre les dirigeants/actionnaires  »* évoque la reconstitution des collectifs, la souffrance au travail. Bonne présentation dans La Croix du 16/1.

7)Ecologie et anticapitalisme

Enquête IPSOS/Rhone Alpes sur les Français et le développement durable, bien présentée dans La Tribune du 16/1, montrant la popularité du terme, son association avec environnement – activité économique et financière - solidarité sociale. Ce qui inquiète le plus les Français : climat, ressources naturelles, inégalités sociales, logement.

Estiment que la richesse d’un pays, c’est d’abord la qualité de vie, le salaire moyen, l’emploi, la (non)pauvreté, la santé ; le PIB ne vient u’après...

On attend des règles éthiques, le sauvetage de l’industrie, la régulation économique. Cette régulation passe par de nouvelles règles (59%) ou par « une totale remise à plat » pour 31%.

Seuls 9% pensent que la finance est sous contrôle et que le risque d’effondrement est éliminé. A noter l’évolution du spécialiste du Monde sur les questions d’environnement, Hervé Kempf. Son dernier ouvrage s’intitule « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme » (Seuil). Il y dénonce « les mirages de la croissance verte », le nucléaire ( qui n’est « pas la solution »), les éoliennes (qui ne changent rien), les agrocarburants «  aux effets pervers désastreux » et plaide pour un nouveau modèle économique avec l’impératif de « sobriété énergétique » et surtout, «  face à la crise générale de la société humaine, le moment est venu de sortir du capitalisme en plaçant l’urgence écologique et la justice sociale au coeur du projet politique ». En 2007, il avait publié « Comment les riches détruisent la planète » (Seuil).

8)Bibliographie

Sur Obama : Ouvrage commun de Chamoiseau et Glissant, « L’intraitable beauté du monde » (Galaade) sous forme de lettre ouverte.

Sur la guerre d’idées : « Les think tanks. Cerveaux de la guerre des idées » de Martin Royo et Stephen Boucher aux éditions du Felin.

Sur l’audiovisuel : « Vers la fin de la télévision publique ? » de Serge Regourd, edit. De l’Attribut.

9)Machisme, sexisme

Tout se passe comme si les bons vieux reflexes machistes se réinvitaient un peu partout sans trop rencontrer d’oppositions.

Des pubs incroyables dans le métro mettant « en tas » des actrices (célèbres) nues, pour vendre un spectacle.

Le prochain festival d’Angoulèmes s’ouvre ( voir son site) sur une BD intitulée « Maison close » où des auteures (complaisantes) jouent aux «  putes » et sont ramenées par les commentateurs masculins à de la « viande ».

De premières réactions, heureusement. Notamment d’une nouvelle association d’auteur(e)s de BD, Artemisia, animée notamment par Chantal Montellier.

10)Partis

PS

Longue enquête de Médiapart (16/1) sur « une difficile convalescence ».

Verts

Papier du Parisien (17/1) sur la campagne européenne des Verts sur le thème : la mayonnaise aurait du mal à prendre entre nonistes Bovéistes et ouiouistes Cohn Bendit ; scepticisme, manque de concret, programme pas fini (les Verts ont rejeté le programme du Parti vert européen, jugé trop faible).

NPA

Interview de Besancenot in Parisien du 18/1 ; plutôt modeste sur les nouveaux membres du NPA, parle de 7500 ( l’objectif des 10 000 a disparu).

Sondage européen Publication partielle d’un sondage IFOP (pour de Villiers) sur les européennes donnant UMP (24,5%), PS (19), MODEM (13), Besancenot (10), de Villiers (5) ; pas d’infos sur les autres.

BULLETIN COM/IDEES/EUROPE n°41 (210) 29 janvier 2009

1)Printemps européen chaud

Commentaires assez alarmistes de la presse de droite sur les risques d’une extension de la contestation en Europe ; déjà on pointe la Grèce, l’Islande, la Bulgarie, la Lettonie, la Lituanie.

Sans parler de la France. Le Monde fait état de notes des préfectures traduisant « une très forte inquiétude » sur l’emploi et le pouvoir d’achat. Ce que la journée du 29 a amplement confirmé.

Extraits du Figaro du 23/1 : « La peur d’une insurrection populaire nourrie par la crise commence à s’insinuer dans les esprits des dirigeants européens » ; et plus loin : « Evidemment, plus le peuple souffrira, moins il supportera les avantages des gens d’en haut ».

Sur contestation et monde enseignant, lire « La droite ne comprend pas le monde enseignant », Le Monde, 22/1.

2)Nouvelle UMP, nouvelle droite ?

L’UMP nouvelle serait arrivée ; c’est le message préparé depuis des semaines, mis en scène samedi dernier et martelé depuis. Le Figaro parle de nouvelle droite, l’accent étant mis sur l’ouverture à gauche. On parle de créer un vrai parti populaire de 500 000 membres en 2012, le nouveau discours un peu gauchisé de Xavier Bertrand, défenseur des travailleurs (!) montre quel projet on poursuit, une sorte de parti républicain mâtiné de blairisme.

Voir aussi l’utilisation de l’image de Carla Bruni, « La conscience de gauche du Président » titre Le Point (15/1) !

Il y a un changement de vocabulaire ; par exemple Xavier Bertrand, avant la grève du 29, dit : « Le mouvement sera peut-être important, peut-être vraiment suivi parce que c’est une forme de réponse pour les salariés face à cette crise ».

Rodomontade ? Réponse dans l’urgence à la crise ? Ou réorganisation durable de la droite ? Les premiers reportages montrent que la ligne gauchisée passe « moyen » dans les départements où les militants préférent les fondamentaux de droite : service minimum, anti immigration, etc...

On sent ce parti tiraillé entre cette orientation de pseudo-pondération et l’envie d’en découdre avec le monde du travail.

Les dernières enquêtes montrent que si Sarkozy a grapillé un peu à gauche, il perd dans les milieux populaires : -13 points chez les revenus faibles, dixit Ipsos/Le Point/15 janvier.

Selon l’espagnol Aznar dans un entretien au Figaro (23/1), Sarkozy «  occupe un grand espace politique, l’espace traditionnelle de la droite, du centre et une partie de l’espace de la gauche ».

Lire aussi « L’UMP réfléchit à changer de nom » (La Croix, 22/1).

Dans le même temps, tout indique (confirme) que ce parti est le bras armé de la très haute bourgeoisie. Chaque jour en apporte de nouveaux exemples : Mme Woerth, femme du ministre du budget, est responsable de la gestion de la fortune de Mme Bettencourt. Nicolas Bazire qui vient d’être propulsé à la tête de la boîte à idées umpiste, La Fondation pour l’innovation, est pdg du holding Arnault (Dior, LVMH, Carrefour...).

3)Protectionnisme

Les mises en garde (libérales) contre le « protectionnisme » se multipliaient depuis le début de la crise ; cela semblait le mal absolu (comme le retour de l’Etat) ; depuis peu, le ton change un peu, par pragmatique ; tout se passe comme si, dans la presse économique notamment, on reconnaissait qu’on était entré dans une phase néo-protectionniste, concept flou en vérité où l’on intègre en fait toutes mesures nationales prises par des Etats (Espagne, Chine, USA...) face à la crise.

Ajoutons que les carcans européens sont sous tension ; non seulement le pacte de stabilité est contourné mais on admet (presse du 29/1) que des pays ( du sud de l’Europe) pourraient sortir de l’euro. Emmanuel Todd milite pour un « protectionnisme européen », voir son entretien in La Croix, 23/1 : « Il a une contradiction évidente entre libre-échange et démocratie ».

4)Le retour des « classes moyennes »

Autre concept attrape-tout, celui des « classes moyennes » refait la Une du Monde par exemple, avec plusieurs pages de reportages. On retiendra cette « définition » du journal, qui est dans l’air : la classe moyenne, ce sont ces « familles » qui ont un revenu mensuel entre 3500 et 4000 euros. Soit 40% des familles françaises. Cette classification est arbitraire, rudimentaire ( en dessous les exclus ? Les pauvres ? Au dessus les riches ?), confuse, un peu à l’image du travail sur les classes sociales aujourd’hui.

Mais l’intérêt de l’enquête est de montrer cette hantise du « descenseur  » social, de « déclassement », de chute qui caractèrise ces milieux.

5)Anticapitalisme

Dossier de 25 pages de la revue « Philosophie magazine » de février, intitulée « Comment peut-on être anticapitaliste ? » Part du constat (nouveau) que « chacun de nous est désormais traversé par la contradiction entre capitalisme et anticapitalisme » ; comporte une interessante cartographie de « la galaxie anticapitaliste » (critique morale, sociale, écologique, anthropologique ; privilégie l’approche morale et ethique ; on oppose ici ou là au capitalisme les notions d’altruisme, de don, de désinteressement, d’humanité, de lien social à retisser, de biens communs exclus de la sphère marchande (santé, éducation, environnement, justice sociale). Le dossier est complaisant quand les deux seules personnalités publiques interviewées sont Besancenot et Attali.

Au final, dit la conclusion, « l’enjeu est de reprendre le contrôle politique de la mondialisation, et, selon les mots de Zygmunt Baumann, de créer et d’instituer l’humanité ».

6)L’Eglise, le pape et ses intégristes

L’annonce d’un décret du pape levant l’excommunication de 1988 de Mgr Lefebvre et des siens, et réintégrant des intégristes dans l’Eglise, sans doute sur le mode de l’Opus Déi, c’est à dire que cette secte resterait relativement libre de ses agissements dans le cadre de l’Eglise et leur chef n’ayant de comptes à rendre qu’au pape. Déjà en 2007, on avait eu le retour de la messe en latin. Parmi les réintégrés, un évêque ouvertement négationniste. Polémique au sein de l’Eglise française et de son clergé. Prochaine étape : la fin de Vatican II ?

7)Les politiques et Facebook

Enquête du Figaro du 22/1 sur l’utilisation de Facebook (le trombinoscope) par les politiques. 6,5 millions d’utilisateurs en France en février ; ils étaient 4 millions en octobre et un million il y a un an. Exemples de Luc Chatel, d’Eric Woerth, de Moscovici. A la fois capacité de mobilisation militante et risques de dérive : le site Besancenot par exemple, qui attire beaucoup, n’est pas géré par Besancenot mais par une personne qui a usurpé son identité... ; risques aussi de voir s’y étaler la vie privée and co... Sur un thème proche, lire « Européennes, les écolos misent sur Internet version Obama » (Médiapart, 22/1) où il est aussi longuement question d’un « facebook militant » ; mode « obama » et résistances de certains militants.

8)Géographie de la richesse

Dans le cadre de la déclinaison par régions ou départements de la campagne « La bourse ou la vie », on pourra utiliser les données et les cartes du dossier du Point du 29/1 « Où sont les riches en France ? », avec les « repaires » de riches, le classement par régions, le top 20 des départements, la liste des communes aux plus gros revenus...

9)Sondages

Sondage Le Figaro/Opinionwa montrant que 66% des sondés approuvent Sarkozy quand il s’en prend aux bonus des banquiers et 56% pensent qu’il faut faire de même avec tout secteur qui demande une aide de l’Etat.

Sondage IFOP pour le parti de gauche donnant 14,5% à une liste PCF/Parti Gauche/NPA/LO

10)Résumé de la note de Terra Nova sur la campagne présidentielle d’Obama.

Il a été signalé dans un précédent bulletin que « Terra nova », boîte à idées néo-socialiste, a organisé ^^1 <#sdfootnote1sym> une mission d’études aux USA sur « les techniques de campagnes américaines » et produit un rapport, très dense (140 pages) intitulé « *Moderniser la vie politique : innovations américaines, leçons pour la France* ».

Sont abordés tous les aspects de la campagne présidentielle : stratégie politique et communication, utilisation des nouvelles technologies (internet, gestion des bases de données, mobiles...), organisation de la campagne, travail de terrain, mobilisation électorale, cadre juridique et financier...

Ce travail collectif porte parfois l’empreinte de communiquants (Euro RSCG, OpinionWay) ou de responsables politiques associés au travail (la plupart proches de Ségolène Royal) ; reste que cette étude est _stimulante_.

Le rapport se compose, comme son titre l’indique, de deux parties : les leçons des Etats Unis (70 pages) et les (12) recommandations pour la France (30 pages) ; suivent de solides annexes, comportant par exemple un guide du porte-à-porte (door-to-door) en Virginie.

1)Innovations américaines

La victoire d’Obama marquerait, pour le rapporteur, une « réconciliation  » des Américains avec la politique, traduite par une mobilisation massive, électorale (63% de votants contre une moyenne de 50) et militante (10 millions ont participé à la campagne, 3 millions ont fait des dons, 1,2 millions ont milité sur le terrain).

Si le rapport ne fait pas l’impasse sur la conjoncture politique qui a joué pour Obama, il insiste sa « campagne de mobilisation, générant un mouvement militant unique ». Avec trois ressorts principaux : le message ; les nouvelles technologies ; l’organisation de terrain.

Le message : on mise sur le « changement » incarné par une personne, Obama ; on sort du rationnel pour l’émotion ; mais on ne se limite pas à une campagne « charismatique », on organise une campagne « de cause, de type caritatif », sur le principe de « l’appropriation : les électeurs deviennent acteurs du changement » ; on glisse du « je » au « nous », «  yes, we can », « chacun devient un héros du changement ». Tous les slogans vont tendre vers cette idée.

C’est ainsi, par exemple, que le directeur de campagne poste sur YouTube et expédie militants par e-mails des vidéos qui les informent sur la stratégie de la campagne, pour « leur donner le sentiment de faire partie de la campagne ».

Internet : non seulement Obama se saisit d’Internet mais surtout il réussit à « recruter et organiser massivement les sympathisants grâce à Internet pour les envoyer de manière coordonnée militer sur le terrain. C’est la première campagne fusionnant internet et le terrain ». Ce que le rapporteur appelle le « on » et le « off line » de la campagne.

On n’attend pas que les supporters viennent à la campagne, on va aux supporters. On va où les gens sont, sur les réseaux « sociaux » d’Internet (Facebook, Myspace), communautaires, touchant vite des millions d’internautes : un simple click et ils mettent un pied dans la campagne.

Le don est le premier niveau d’implication ; il y a eu explosion du financement (le double de 2004), un financement populaire fait de petits dons ( moins de 200 dollars), sur le modèle du téléthon ; double avantage : on s’affranchit (?) des grands lobbies et on crée du lien.

L’activité militante ensuite est coordonnée par un « réseau social interne » (type Facebook) qui fait circuler les infos de campagne dans «  la communauté Obama », qui met en contact les sympathisants entre eux pour s’organiser en équipes de militants, sur des bases géographiques ou thématiques ; ces derniers peuvent disposer de kits de formation, de «  package » de documentation de campagne, de programme de porte-à-porte (listes de démarchage de terrain), listes téléphoniques (phoning). «  Chaque militant a le sentiment d’être son propre directeur de campagne » (tableau de bord, argent, rencontres, recrutement, etc). Ce « reporting  » donne une grande autonomie aux groupes pour s’auto-organiser et en même temps « permet un contrôle serré de leurs actions par le staff de campagne ».

On utilise les SMS (1,3 millions de mobiles collectés) et les e-mails (13 millions) mais presque uniquement « pour la communication avec les militants et les sympathisants » (infos de campagne).

Enfin il y a une base de données fichant l’intégralité du pays ( le rapporteur parle de « rêve orwellien » ?!). On utilise le maximum de base de données existantes (électorales, commerciales, politiques) pour «  obtenir des données individuelles sur tous les électeurs », qui vont servir pour des messages personnalisés, le porte-à-porte. Obama a beaucoup investi dans l’achat de fichiers, y a ajouté la collecte militante (2/3 des infos). A l’arrivée, un monstre baptisé Catalist, fichier unique sur 220 millions de personnes et pouvant aller jusqu’à 600 infos par personne.

Révolution militante : les 1,2 millions de militants obamistes ont contacté (téléphone ou porte à porte) 68 millions de personnes, plus de la moitié des électeurs et « 99% des électeurs cibles ». Dans les élections locales françaises, le porte à porte est souvent le fait du candidat ; ça ne marche donc pas pour une présidentielle, selon le rapporteur. Avec Obama, ce travail de terrain est fait par les militants : « c’est sa principale innovation, une nouvelle communication politique de terrain ».

Extraits : « Ce n’est pas un politicien ou un spécialiste de la politique qui vient s’adresser à l’électeur mais quelqu’un comme lui, un citoyen de base. Mieux, le militant fait campagne dans son voisinage de proximité. Du coup, ce n’est pas un inconnu qui vient parler à l’électeur : c’est un ami, un membre de sa communauté, un voisin. Quelqu’un avec qui existe de ce fait un lien de confiance. La communication se fait entre pairs : c’est une communication « peer to peer ». Cette communication a une efficacité exceptionnelle : les études de la campagne montrent qu’en porte-à-porte, on retourne une voix toutes les quatorze portes ».

Cette communication suppose que l’on fasse confiance aux militants, qu’on leur lâche la bride : la méthode avait été pratiquée par Obama à Chicago et théorisée par le sociologue Saul Alinski. Oui mais..., dit le rappoorteur, ce n’est pas de l’autogestion : « cette mobilisation de terrain est très fortement encadrée par un déploiement du staff de campagne sur le terrain », une organisation pyramidale où l’organisateur ne parle pas à l’électeur mais gère les militants, les forme, assure le lien social entre eux. Un appareil de 2700 « organisateurs » salariés et 5000 bénévoles quadrillent les militants. Obama a considérablement investi dans cette activité : 200 millions d’euros, soit un quart de son budget de campagne.

2)Recommandations pour la France

Cette seconde partie est moins forte, plus discutable, plus marquée de préoccupations politiciennes et notamment la volonté d’installer durablement, sur un modèle américain, la bipolarisation, en éliminant les « petits » partis par exemple.

On y retrouve d’un côté des recommandations adressées aux partis : créer un parti de masse, introduire un système de primaire ouverte, investir dans le militantisme de terrain, réorganiser le parti autour d’un système d’information centré sur le réseau social et ses militants, préparer les campagnes en amont.

D’autre part, le rapporteur suggère des pistes au législateur : réduction du nombre des candidatures, accorder plus de temps aux campagnes, decomplexer les budgets de campagne.

BULLETIN COM/IDEES/EUROPE 42 (211) 6 février 2009

1)Opinion : forte mobilisation

Après l’intervention télévisée de NS, des médias qui tirent plutôt sur un « tournant social » (Figaro, Parisien Libé), qui appellent le PS à pointer ce qui bouge avec Sarkozy (sous peine de faire le jeu de Besancenot, comme l’a dit Colombani...) et mette en avant la suppression de la taxe professionnelle.

Pas d’enquête d’opinion depuis cette intervention. Mais jusqu’à jeudi, si le gouvernement a pu utiliser une étude TNS/Sofres (La Tribune du 31 janvier) où 55% des sondés pensaient que « le gouvernement doit continuer à réformer mais en tenant compte des revendications qui s’expriment », on notera plus volontiers l’étude CSA/Huma (30/1) où 61% des Français souhaitent que les syndicats « appellent à poursuivre la mobilisation ». On notera aussi une autre enquête intéréssante Opinionway/Figaro du 31/1. Trois questions posées : pensez vous que le mouvement social va conduire à un nouveau 1995 ? le souhaitez vous ? Y participeriez vous ? Réponses : 50%, 46, 42. Pour Le Figaro, « *un taux aussi élevé de personnes prêtes à s’engager* personnellement est révélateur d’une forte inquiétude ; la mobilisation est en particulier forte à gauche : *74% souhaitent une grève de grande ampleur*, 75% sont prêts à y participer ».

Autre commentaire, toujours dans Le Figaro, sur l’opinion de l’Elysée face au mouvement social : « Rien n’est fixé dans l’opinion publique, dans un sens ou dans un autre ».

A noter enfin *forte chute de confiance* pour Sarkozy dans deux sondages ( à la veille de l’émission) : CSA/Parisien (-5%, se retrouve à 39%) («  chute brutale » dixit le journal) et Baromètre du Fig Mag (-4%), passe de 41 à 37

2)Une droite tiraillée

La crise et la force du mouvement social semblent diviser à droite sur les orientations. D’un côté ; Sarkozy et sa « nouvelle » UMP jouent, au plan rhetorique, une carte un peu gauchisée. On n’en est plus à la critique des bonus ( des PDG, pas ceux des traders, maintenus) mais à évoquer (Frédéric Lefebvre, porte parole UMP) les trop grands déséquilibres entre salaires et dividendes (Le Monde, 1 février, idem dans Le Figaro du 3/2), à renforcer les pouvoir des salariés dans les entreprises.

Partage des rôles avec une UMP « en avance » sur le gouvernement, comme disait Xavier Bertrand ?

Henri Guaino ne rate aucune occasion pour plaider pour une refonte du capitalisme (le Figaro du 24/1. Mise en avant de Boutin, aile gauche démocrate-chretienne, de Jégo, gaulliste... L’ex PS Besson vient d’être chargé de préparer le futur programme du parti (il fait déjà travailler des gens venus de gauche).

De l’autre les libéraux se montrent critiques. Voir Nicolas Baverez, in Le Monde (31) très contrarié par le retour des idées de « modèle français », de « l’Etat providence », de l’Etat social ». La crise ne rend pas caduque « la rupture » insiste l’idéologue du « déclin français ».

Voir aussi la batterie d’articles de théoriciens libéraux ( Sapin, etc) que publie ces jours ci Le Figaro, où on décline les « fondamentaux » du libéralisme. A lire page 3 du Monde du 3/2 un portrait de Xavier Bertrand, sa méthode, son nouveau parti « populaire et 100% utile ».

3)Culture et politique

On lira avec intérêt le numéro du 1er février du JDD ; ce journal du groupe Lagardère, repris en main par des sarkozystes pur sucre, au surlendemain du 29, n’a pas un mot pour le mouvement social (sauf une photo sur un chien avec une pancarte dans une manif) ; Evacuation totale des enjeux sociaux et économiques mais la Une et toutes les pages 2 et 3 et la der sur la culture. C’est intitulé « Vive la crise » et sensé nous dire que les Français face à la crise plébiscitent la culture. Il y a là à la fois une belle diversion et la démonstration aussi que la droite, elle, sait investir le champ culturel, par conviction peut être et surtout pour ses propres intérêts ( la « der » = Sophie Marceau nous explique pourquoi elle a voté Sarkozy !).

Autre exemple de la même démarche : la mise en place le 2/2 du « Conseil pour la création artistique » avec quelques « prises » de gauche genre Marin Karmitz, Hoog de l’Ina, Blanc (Syndeac), Ethis (universitaire qui travaille sur les publics), Hervieu (Chaillot, culture hiphop), des directeurs de théatre, de l’agence CAPA, des gens plutôt compétents, pas de « bling-bling »...

Commentaire du Président : « La réponse de la France à la crise économique doit être culturelle et c’est à l’Etat de porter le message ».

4)Bonus et profits : les chiffres

A l’heure où l’on écrit beaucoup sur les bonus des PDG, intéressant dossier du Monde (31/1) sur les bonus des traders des banques qui, eux, se maintiennent ( de l’ordre de un milliard d’euros pour chacune des grandes banques françaises !). De même dans Le Figaro Eco du 3/2, publication (p 25) des profits 2008, 85 milliards d’euros (et toujours plus d’un milliard par MOIS pour Total, 13,8 milliards l’an pour le pétrolier) ; on y apprend aussi que 31 milliards d’euros ont d’ores et déjà été distribués aux actionnaires soit 42% du bénéfice moyen. Enfin résultats des « hedge funds » (le monde, 6/2) : des « profits insolents » titre le journal.

5)Jeunes : individualistes ET solidaires

Petit dossier intéressant dans la revue Viva de février sur la jeunesse qualifiée à la fois d’individualiste ET de solidaire par l’auteur et dans un entretien avec la politologue Anne Muxel ; montre que les jeunes n’ont pas perdu l’envie de s’engager mais ils le font dans des formes nouvelles, ils n’ont pas oublié le sens des valeurs communes et citoyennes ; quant à leur individualisme, Muxel rappelle qu’ils « le sont moins que la génération de 68 ! »

6)Sécurité et insécurité

Excellent dossier du Monde sur l’état des libertés publiques (5/2) ; montre que la situation est « inquiétante » ; qu’une large parge partie de la gauche s’est ralliée au sécuritarisme ambiant ; que le PS veut sortir un livre noir sur les libertés mais ce parti « n’a pas pour autant refondé son corpus idéologique sur le sujet » ; énumère l’arsenal sécuritaire ; évoque le contrôle social via Internet. On notera que cette politique remplit peut être les prisons mais se montre totalement inefficace, incapable d’assurer une vraie sécurité publique ; ainsi on assiste à une véritable « explosion » des braquages, surtout sur le petit et moyen commerce (les mesures prises par les banques et les grandes surfaces décourageant les voyous).

7) Prolétaires de tous les pays...

Un vent mauvais de xenophobie et de chasse aux travailleurs étrangers souffle sur un nombre croissant de pas, notamment européens.Des manifs de plus en plus vives en Angleterre avec le slogan « Jobs anglais pour travailleurs anglais », slogan lancé en 2008 par le premier ministre socialiste ; chasse aux polonais en Irlande (ils sont 300 000) ; chasse à l’africain en Italie ( avec drames, agressions, meurtres, etc...). Les lois ultralibérales (genre Bolkestein) ou social-libérales (Blair/Brown) jouant du dumping social sont généralement responsables de cette situation.

8)Crise catholique

Remous persistants chez les cathos après la réintégration des «  lefebvristes » et malgré les rectifications apportées par le pape ; grogne repris par « La Vie » qui fédère les refus de la démarche de Rome ; en même temps (cf JP Denis, directeur de La Vie in Le Monde du 3/2), il serait question, avec cette opposition au pape, d’une «  réidentification » de l’Eglise, de nouvelles « convergences » entre courants internes qui jusque là s’ignoraient . A lire.

Notons que cette épisode ruine l’effort de séduction du Vatican en direction de l’intelligentsia française, mis en scène lors du discours de Benoit 16 aux Bernardins (septembre 2008).

9)Vidéosurveillance : la RATP la main dans le sac

La société est mise en cause sur plusieurs fronts (passe Navigo, écrans publicitaires, utilisation commerciale des données des clients) ; attaque devant le tribunal administratif, critique de la CNIL.

« Direct matin », gratuit du groupe Bolloré distribué au métro, a censuré un article critique, finalement passé dans Le Monde du 6/2.

10)Partis

UMP/ Europe / Argumentaire

L’UMP considère avoir lançé sa campagne des européennes avec la réunion d’Avignon le 31/1. Une crainte : l’abstention (59% en 2004). Tenir compte du NON au référendum : « Il faut que l’Europe change » ; valoriser la présidence Sarkozy de 2008 : l’Europe peut quand elle veut ; l’Europe «  protège » (social, économie, paix) ; enfin montrer que la moitié des lois sont faites à Bruxelles.

UMP/MEDEF

Lire Les Echos du 5/2 où on parle des passerrelles directes UMP/MEDEF, on désigne les cadres UMP devenus cadres de la machinerie MEDEF.

MEDEF

Mot d’ordre de leur AG annuelle, à Mogador, « mis au point par ses communicants » : « Vivement l’avenir, Ready for the future ». (?)

Sur la défensive, l’organisation bat le rappel de ses idéologues libéraux ; grosse promo du dernier livre de Jacques Marseille, L’Argent des Français (Perrin), qui fait d’ailleurs la Une du Point.

PS

Au rassemblement (annuel) des premiers secrétaires de section (1 février), un kit de campagne (crise, européennes) distribué aux participants sous la forme d’une clé USB.

A noter que la quetion du non cumul des mandats est venue fort, vivement soutenue par la salle.

NPA

Dossier complaisant de Zappi dans Le Monde du 1 février (double page) mais interview intéressante de Vincent Tiberj (chercheur Sciences Po) sur les difficultés que va rencontrer le NPA (personnalisation ; absence de réel parti ; concurrence).

1 <#sdfootnote1anc>Le précédent rapport de Terra Nova s’intitulait «  Pour une primaire à la française », de O. Duhamel et O. Ferrand, août 2008.


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