2003 (3e trimestre)

*Mouvements des idées* Note n°40 ( 5/7/03)

1) Travail/capital : nouveaux et nombreux contre-feux allumés contre des idées qui semblent gagner du terrain telles la place croissante des profits au détriment des salaires, la taxation du capital, l’accroissement des inégalités, le refus du moint-disant social. Bel exemple avec le papier d’Eric Le Boucher, économiste-idéologue du Monde (29 juin) qui rassemble en peu de lignes tous les poncifs du social-libéralisme. Le "toujours moins" social est un "sentiment", l’idée de "panne sociale" est une "impression". C’est faux de dire que le capital progresse au détriment du travail, faux de dire que les inégalités gagnent du terrain. Les chiffres, les statistiques de l’Insee, montrent le contraire. "Résister" conduit à bloquer la machine alors qu’il faut "s’adapter" à la mode CFDT. "On est là au coeur du débat qui partage la gauche" dit-il.

2) Antilibéralisme, nouvelle pensée unique ? L’antilibéralisme, l’anticapitalisme sont devenus des notions en hausse qui agacent nombre de commentateurs. Papier au vitriol de PA Taguieff - qui tournicota un temps du côté de Chevènement avant de finir " nouveau réac" (Figaro, 2 juillet). Il parle de "l’emprise du néoprogressisme", de "nouvelle pensée unique" qu’il définit ainsi : " un mélange d’antiaméricanisme et d’antisionisme, sur fond de haine anti-occidentale, que vient transfigurer un mixte d’utopie et de messianisme à demi sécularisée parfaitement résumé par la profession de foi : "Un autre monde est possible".

Un ton en dessous, sur un mode plus cynique, Gilles Martinet du PS ( Le Monde, 1er juillet) se moque de la vague d’anticapitalisme actuelle. Pour lui, c’est nostalgie et démagogie.

A contrario on lira le papier de B. Cassen dans le numéro de juillet du Monde Diplomatique : il se félicite de la bonne santé de ce mensuel, juridiquement séparé du Monde depuis 1996, de la croissance régulière de sa diffusion ( +7% de 2001 à 2002), de sa bonne santé financière qui lui permet d’aider Politis ou TC et même de prêter de l’argent au Monde...

3) Nouvelles formes de lutte : parmi les enseignements volontiers tirés du dernier mouvement social, de nombreux commentaires sur les nouvelles formes d’organisation et de lutte et sur une nouvelle génération de militants. Propos de syndicalistes enseignants sur les caractèristiques nouvelles des jeunes profs ; voir le dossier du Monde sur "l’amertume" de ces profs et leur mobilisation " à la lycéenne" ou l’article du Figaro du 30 juin :" Syndicats fragilisés, militants amers".

Idem à propos des intermittents : " Les collectifs ne se reconnaissent pas dans les moyens d’action classiques" (Le Monde, 2 juillet). A ce propos les divisions syndiqués/ non syndiqués recoupent souvent les différences de statut entre précaires et moins précaires.

Voir la déclaration de J.C. Le Digou qui s’inquiète du risque de voir "une génération de militants se mettre désormais en retrait du syndicalisme".

(Entre parenthèses, cette question de nouvelles formes de lutte vaut aussi pour la droite si l’on en juge par les commentaires autour de la manif parisienne anti-grève de juin : réseau, internet, mobilité, etc...).

De nombreux papiers signalent aussi que tous ces mouvements récents (retraites, écoles, spectacles) mettent à leur ordre du jour des questions dépassant largement leurs propres revendications et touchant à l’organisation de la société.

4) Sexisme : dossier du Monde (27 juin) sur les dérives sexistes de la publicité. Ce papier relève que les associations féministes sont souvent l’objet de critiques de gens de "la vieille gauche". Ainsi E. Badinter qui s’offusque des "rhétorique de victimisation" des femmes ; on apprend au passage que cette dame est " la principale actionnaire du groupe Publicis" !

Ou Séguéla (Havas) qui traitent les critiques de "chiennes d’arrière-garde".

Quant à l’auteur de la pub " Ma copine ne vaut rien" ( sur les places gratuites dans des transports aériens), il se félicite : " C’est un énorme succès commercial. La Meute, les Chiennes de garde ont vingt à trente ans de retard".

5) Chômeurs : excellente étude de Catherine Lévy, " Vivre au minimum" (La Dispute) sur les chômeurs et les pauvres d’aujourd’hui en France et en Europe. Montre comment la pensée unique libérale ( et américaine) a gagné ; fin des solidarités, des collectifs, culpabilisation des petits : " Si vous avez perdu votre emploi, vous êtes un imbécile et donc en gros vous ne méritez pas de vivre". Formidable campagne sur "l’incurie des pauvres" ; exemple tragique de cette politique avec le RMA ; insécurité sociale croissante ; l’auteur montre que la France contrairement à une idée reçue est mal lotie "si on compare les revenus minimaux en parité de pouvoir d’achat" ; criminalisation des pauvres au même moment où " toute une partie de la société, entreprises y compris, est exonérée de tout". Exemple le plus parfait : JC Trichet, relaxé du Crédit Lyonnais et promu premier banquier d’Europe.

Sur l’état d’esprit des chômeurs, la dégradation actuelle dans ce milieu, voir le dossier du sociologue Didier Demazière, Le Monde du 1er juillet. Ainsi que " Les troubles de santé, face cachée du plan social chez LU à Evry"( Le Monde, 2 juillet). Voir aussi " Le chômage sape le moral des ménages", Figaro Economie, 2 juillet. Enquête de Politis du 26 juin sur les nouvelles catégories de travailleurs pauvres.

6) Europe : prochaine sortie du livre d’Yves Salesse (Copernic), "Manifeste pour une autre Europe" aux éditions du Félin. Propose de rompre avec le primat du marché, axe actuel de la construction européenne, et avec la méthode de négociation intergouvernementale secrète. L’Europe de Salesse se profile dans les manifestations en cours ; elle sera à Paris lors du prochain FSE. Face à la Convention Giscard, il critique l’Europe-marché, les forces politiques qui soutiennent ce projet y compris la social-démocratie, critique aussi le souverainisme et propose un autre modèle d’Europe.

Papier intéressant de l’universitaire socialiste Paul Alliès contre la Constitution Giscard : " un système original, une sorte de dictature bienveillante de techniciens et de bureaucrates où le législateur ne peut agir sur l’économie".(Le Monde, 2 juillet)

7) Anticapitalisme : confirmation de la sortie lors du prochain FSE aux éditions Félin de l’essai " Vers un nouvel anticapitalisme. Pour une politique d’émancipation" de Michel Vakaloulis, Jean-Marie Vincent et Pierre Zarka. Il s’agirait de proposer " la reconstruction d’un pôle de transformation radical de la société. (Le livre) s’efforce de montrer qu’il faut éviter les pièges de la politique dominante, de sa culture de gouvernement et de ses pratiques institutionnelles de moins en moins démocratiques. La politique à construire doit partir des mouvements réels des couches exploitées et opprimées de la société,(...) viser la constitution d’espaces dissidents par rapport aux médias dominés par l’argent".

8) Les juifs et la gauche : le thème d’une dérive de la "communauté" juive française vers la droite était déjà évoqué dans le pamphlet de D. Lindenberg sur " Les nouveaux réactionnaires" (Seuil, 2002). Il est repris dans une enquête de la revue TohuBohu de l’UEJF. On évoque surtout le glissement d’une partie de l’électorat juif socialiste vers Madelin ou Bayrou.

Sans reprendre l’outrance de "l’alliance brun-vert-rouge", le dossier s’attarde cependant sur un syndrôme pro-palestinien de l’extrême gauche ; à cette occasion dépouillement de L’Humanité.

La France serait antisémite, la gauche anti-Israël et l’anticapitalisme rimerait avec l’antisionisme : ces thèmes reviennent très régulièrement ici ou là. Des livres sont annoncés à l’automne sur le sujet comme "Le desenchantement : les juifs et la France" du journaliste Lucien Attal chez Denoël. Idée : le 11 septembre a créé une fracture entre la France et la communauté juive.

Sur un sujet proche, mais traité sous un tout autre angle, à lire " Ces étoiles qui brûlent en moi" de Benoît Rayski aux éditions du Félin ; sur la commune épopée des communistes et des juifs de France et une galerie de portraits de juifs communistes. Telle Fanny Dewaerpe, " d’origine juive polonaise tuée à Charonne en février 1962 dont le mari avait été matraqué à mort dix ans plus tôt par la police française lors d’une manifestation antiaméricaine à Paris tandis qu’elle avait porté l’étoile jaune pendant la guerre".

9) Etat de l’opinion.

L’indicateur mensuel d’opinion des ménages (Insee) se maintient à - 27 comme au mois de mai : "tous les indicateurs sont toujours dans le rouge" souligne l’Institut. ( 1er juillet)

Sondage IFOP/Le Monde (29 juin) qui montre une opinion de plus en plus tolérante l’égard des homosexuels.

Les Français et José Bové : 60% pour l’amnistie ( HD).

Grande Bretagne : dernier sondage en date du 28 juin : 37% pour les conservateurs, 35 pour la travaillistes.

Etats Unis : chute spectaculaire des partisans de la guerre en Irak qui passent de 73 à 56%.

10) Partis

Les Verts : sous la barre des 10 000 adhérents en 2002 ; trou de 2,2 millions d’euros après les dernères élections et souscription ratée, limitée à 40 000 euros ; cherchent de nouveaux locaux.

Contrairement à la position de leur CNIR, les Verts d’Ile de France explorent la possibilité de de listes communes avec le PS pour le premier tour des régionales.

PS : pour Cambadélis, le mouvement social " n’a formulé aucune aspiration à l’alternance" (JDD) ; divisions sur la Corse ( au Nouvel Obs aussi, Julliard est pour le Non, J.Daniel pour le Oui) ; tribune libre de Gilles Martinet -déjà cité- parlant de "l’épuisement" de la démarche sociale-démocrate (Le Monde, 1er juillet) ; le club "A gauche en Europe" (DSK/Rocard) soutient la "Convention Giscard" ; le maire socialiste de Montpellier qualifie " les intermittents" de "fainéants" (Le Figaro, 30 juin).

FN : dossier sur l’extrême droite dans Le Figaro du 1er juillet : Le Pen en PACA ; le FN et le mouvement social ( antigrève, ultraliberalisme de la fille Le Pen) ; le FN et la droite.

LCR : tribune libre d’un de ses "penseurs", Philippe Corcuff, dans Le Monde, 4 juillet. A la fois anti-PS, opposé aux "réseaux" antilibéraux et complet boycot du PC (pour lui ça n’existe pas). Son leit-motiv : laisser le temps à la gauche radicale de se contruire.

CNT : papier de Libération du 30 juin sur la mouvance anarchiste ; parle de 4000 personnes.

Antilibéraux : nombreux papiers sur l’opération Ramulaud, signalant que les organisateurs "n’excluent pas d’inscrire leur démarche dans la préparation des élections de 2004".

Mouvements des idées Note n°41 (12/7/03)

1.

Valeurs de droite : Depuis la fin des années quatre-vingt-dix, la droite a remis sur le chantier la redéfinition de ses valeurs. Elle approfondit cette entreprise depuis son retour aux affaires. Voir la manière d’investir la notion de « mondialisation » ( Lepeltier in Le Monde du 10 juillet) ou de « laïcité » ( dossier suivi par Baroin ; mise en place d’une commission officielle par Chirac ; Jupé partisan d’une nouvelle législation). Cette tentative de réinvestir et se réapproprier certaines valeurs n’est pas toujours simple pour elle. Ainsi, l’hiver dernier JP Raffarin avait commandé au CES un rapport sur « le travail ». Il en attendait, disait-on volontiers à droite, une confirmation de ses thèses sur le recul de la valeur travail dans l’opinion, la desresponsabilité ambiante, le nécessaire culte de l’effort, etc… Le rapport qui vient d’être rendu public – et dont rend bien compte L’Humanité du 8 juillet- prend complètement à contrepied le pouvoir. Il défend les 35 heures, appelle à repenser le contenu du travail et prône l’instauration de nouveaux droits collectifs pour sécuriser les parcours professionnels. Raffarin a chargé un des siens cette fois, Gilles Carrez, de reprendre ce dossier du «  travail » à l’automne.

Le gouvernement est également en difficulté sur un autre thème dont il entendait se servir dans sa bataille d’idées, sur « l’attractivité » de la France, leit-motive – comme le travail- de la campagne chiraquienne. Or la plupart des indices et enquêtes de ces derniers mois montrent que la France, comparée à ses proches voisins européens, demeure particulièrement attractive. Voir le papier du Monde (10 juillet, p 6) sur « la boîte à idées » de la droite, le club « Dialogue et Initiative ».

2.

Culture : désengagement : un des premiers enseignements de la lutte des intermittents est sans doute l’insistance des commentateurs – et pour beaucoup la découverte- de la démission des pouvoirs publics en matière culturelle et la toute-puissance du MEDEF. Des créateurs font remarquer que l’idéologue de Raffarin en la circonstance est l’universitaire, historien de l’économie, Jacques Marseille. Prof à la Sorbonne, dirigeant d’une revue de sciences politiques « Xxe siècle » . Dernier ouvrage « L’UIMM, cent ans de vie sociale » (!). L’homme qui a apporté un soutien bruyant au pouvoir pour ses « réformes » ces derniers mois plaide depuis longtemps pour un désengagement total des pouvoirs publics dans la plupart de leurs missions, culturelles notamment. Et de laisser la place au MEDEF

En même temps, la droite a mené une vive offensive ( Aillagon, de Villepin, Vge, Barnier) contre le "commissaire socialiste" Pascal Lamy qui persistait dans son soutien au principe du vote majoritaire sur les questions culturelles en Europe. Principe finalement rejeté dansle projet de Constitution. Bon dossier de la revue « Mouvements » qui paraît avec une couverture de deuil et ce titre (de Kantor) « Qu’ils crèvent les artistes ! ». A propos du MEDEF, noter que son désir de revanche ne concerne pas seulement des avancées récentes de la gauche ou même 1968, mais vise à présent « l’organisation sociale modèle 1945 ».

3.

Keynes : le retour ? Face à l’offensive libérale, et à la crise de l’Etat providence ( « Les sept crises de l’Etat providence » d’Ewald François in Les Echos du 8 juillet par exemple, ou les commentaires d’Alain Madelin sur le dernier livre de l’ultralibéral Charles Gave, Figaro du 4 juillet), quelques voix lancent l’idée d’un retour proche de la politique keynesienne - et de l’Etat-providence à la sociale-démocrate ; c’est le cas de certains chroniqueurs économiques qui rappellent qu’ « au rebours du libéralisme des années 1990 , les gouvernements redécouvrent les vertus du keynésianisme » ( Le Monde, 8 juillet) ; on y parle de « la crise de confiance que traverse aujourd’hui le libéralisme tous azimuts des années 1990 » (Joël Metais, Paris IX) ou du «  retour à une certaine forme d’interventionnisme obligatoire » ( Liêm Hoang-Ngoc). En même temps rien ne laisse vraiment présager – en France, en Europe- un changement significatif de politique économique.

4.

Sociales-démocraties européennes :sur un sujet proche, beaucoup de papiers sur les divers modèles de sociales-démocraties en Europe. Le « modèle suèdois » est longuement présenté – et critiqué- dans Le Figaro (7 juillet) ; nouveau virage libéral du SPD allemand ( et entreprise de discrédit des syndicats et du mouvement social de ce pays) ; tentatives difficiles de remettre à flot le modèle blairiste ( une longue interview du premier ministre britannique dans la presse française).

5) PS : les modernes ne désarment pas. Forte et persistante pression des « modernes » pour critiquer le « gauchisme » ambiant. Rocard dans Le Point du 3 juillet et larges échos dans Le Monde du 5 ; parle de «  poujadisme de proximité ». Comme on lui demande pourquoi le réformisme à la française a tant de mal à prendre, Rocard – sans le vouloir ?- pointe du doigt la singularité et la violence des luttes de classes « à la française » : « Quand nos voisins découvrent le capitalisme, ils apprennent dans un même mouvement le management et la négociation sociale. La France elle s’offre la Commune : on tue 25 000 animateurs du mouvement social, on en exile 25 000. Traduction libre : dans tous les pays se développent d’un même mouvement le grand capital et les syndicats ; chez nous la pensée dominante, c’est que le capital veut tuer la classe ouvrière ». De son côté Kouchner multiplie les interventions publiques ; une demi-page du JDD( 6 juillet) ; une presque page au vitriol du Figaro où il dénonce « le dérapage vers l’extrême gauche » et estime  : « La triste spécialité française, c’est de sécréter de la haine sociale ».

6) PS-LCR : le débat ? Une sorte de débat par presse interposée se mène ces jours ci dans les quotidiens entre « penseurs » de la Ligue et responsables socialistes. Dans les colonnes du Figaro, l’universitaire trotskysant Philippe Corcuff esquisse une nouvelle pensée radicale piochée à la fois dans le Marx jeune et dans Bourdieu, insistant sur une émancipation à l’égard de toutes les formes de domination ( économique, politique, culturelle, technocratique, médiatique, sexiste...) et revalorisant le sujet, l’individu, tendances qu’il retrouverait dans "la galaxie altermondialiste". Il tente ainsi de rabibocher, sous le vocable de "social démocratie libertaire" réformisme et radicalité : " l’opposition traditionnelle entre réformes et révolution en deviendrait caduque comme le met déjà en évidence l’association pratique entre une aspiration réformatrice ( comme le combat pour la taxe Tobin) et la radicalité de la critique du néo-capitalisme". (Figaro, 8 juillet).

Dans le même journal papier de Daniel Bensaïd (le 10) qui n’est pas loin de penser qu’ « entre la droite et l’extrême gauche, il y avait un vide ».

Sorte de réponses des socialistes Bergougnioux et Baumel appelant Corcuff et les siens « à venir nous aider à refonder la gauche ». (10/7).

7) Cadres inquiets :la CGC publie son baromètre trimestriel sur l’état d’esprit des cadres. Premier enseignement : la préoccupation du salaire revient en force. Ils ne sont que 52% à se déclarer satisfaits de leur système de rémunération, trois points de moins que lors du barême précédent et au plus bas niveau depuis la création de cet indice il y a deux ans. En parallèle la préoccupation à l’égard du niveau des rémunérations (29%) rejoint quasiment la préoccupation liée à l’intérêt du travail qui conserve sa première place (30%). L’enquête fait apparaître « un climat social sous tension ». Les cadres interrogés ne sont que 47% (-2) à juger bon le climat social à l’entreprise ; ils ne sont que 27% à se déclarer optimistes sur l’évolution de la situation sociale du pays ; ils trouvent la réforme Fillon « courageuse » (71%) et « utile » (75%) mais aussi « insuffisante » (55%) et maladroite (50%). 41% seulement font confiance au gouvernement pour assurer l’avenir des retraites soit 18 points de moins qu’il y a un an.

8) Europe : rêve patronal ? Papier intrigant d’Erik Izraeewicz dans Les Echos (9/7) sur le « Forum des patrons européens » qui s’est tenu début juillet en Finlande. Sempiternels discours sur la nécessaire déreglementation sociale ; plus intéressant est ce que l’on attend de l’élargissement : « les patrons comptent sur la concurrence des nouveaux adhérents pour obliger les Quinze à se remettre en cause ». Et surtout on aspire à la crise (!) pour bousculer les choses : « Plus nombreux sont les patrons qui appellent de leurs vœux une véritable crise, la seule manière à leurs yeux de provoquer le rebond et de pouvoir faire accepter les mutations nécessaires..(…) Cette crise salvatrice serait d’ailleurs imminente. Elle serait même déjà là en Allemagne. Encore deux ou trois ans de croissance lente et les finances publiques vont exploser (en Europe). Obligeant chacun à de profondes réformes de structure et à l’adoption de politiques macroéconomiques plus pertinentes ».

9) Etat de l’opinion

69% des Français soutiennent la lutte des intermittents du spectacle ( Ouest France, 6 juillet, taux confirmé le lendemain par un autre sondage de L’Humanité).

Radicalisation des opinions selon l’enquête Paris-Match du 3 juillet.

Exaspération à droite avec une « installation » sur ce créneau de Raffarin ( +15% dans les hors partis) mais aussi de Le Pen (+6ù).

A gauche LO =2, LCR +4, et PCF : +7 .

10) Partis

PS : université d’été les 30 et 31 août à La Rochelle ; celle du NPS du 26 au 29 août à Fouras ; même date pour celle de Nouveau monde (Royan ?)

Les raffarinistes ? Plusieurs informations convergentes confirmant l’organisation d’un courant proprement raffariniste au sein de la majorité. Réunion à Matignon des anciens cadres giscardiens ( dont Patrick Poivre d’Arvor) ; relance de la structure « Dialogue et Initiative ».

Relatif maintien du premier ministre dans les sondages.

LO : a adressé le 28 juin à la LCR une lettre au ton plutôt cassant mais proposant un accord électoral pour les régionales et les européennes. Rencontre prévue en septembre.

Chez Denoël, sortie à la rentrée de « Histoire générale de l’ultra-gauche » par Chistiophe Bourseiller, très agiographique.

FN : consultation de 1000 militants lors du dernier congrès sur l’Europe. 93% se méfient de l’Europe et de l’élargissement ; 39% souhaitent une sortie de l’Union ; 53% sont pour une coopération renégociée.

Verts : université d’été à Marseille les 21/24 août ; aruraient perdu un quart de leurs effectifs cette année ; le voynetiste Denis Baupin pour un "Olivier" (formation unitaire italienne) à la française.

Elections : cantonales et régionales les 21 et 28 mars ; européennes le 13 juin ; sénatoriales le 26 septembre.

Mouvements des idées Note n°42 (21/8/03)

1.

Le nouveau capitalisme français  : excellente étude du journal Le Monde datée du 29 juillet sur la mutation du capitalisme français. On découvre que la part des actionnaires étrangers du CAC 40 qui était de 10% en 1985 atteint aujourd’hui 43,7%. Une donnée structurelle qui selon l’analyse de Laurent Mauduit induit des changements radicaux : depuis 1983, passage du capitalisme rhénan ( ou « capitalisme monopoliste d’Etat » écrit-il) au capitalisme anglo-saxon avec dictature de l’actionnaire et de son exigence de profit. Recul de l’Etat ( d’où : « l’Etat ne peut pas tout »), apparition de travailleurs pauvres, nouvelles inégalités, fortunes rapides. Nouvelles règles du jeu social que le Medef appelle « refondation sociale ». Poursuite de cette tendance sous Jospin et Raffarin. L’étude note une ouverture de l’économie française aux investissements étrangers plus fort en France que chez ses voisins (43% contre 31% en Grande Bretagne), parle du «  zèle » de Paris en ce domaine. Par parenthèses, ces chiffres démontrent « l’attractivité » française que Raffarin voudrait encore accentuer. *

De nombreux papiers ajoutent qu’il faut s’attendre à une nouvelle vague de concentrations à l’échelle mondiale (voir « Un parfum d’OPA flotte sur les Bourses européennes », Le Monde, 13 août.)

Sur la crise du capitalisme, on peut aussi consulter « Attac : Université 2002 d’Arles », publié chez Fayard.*

2.

Discours paradoxal sur l’Etat. Cette étude (ci dessus) éclaire peut-être le débat sur le rôle de l’Etat dans l’économie et plus généralement dans la société dont il a beaucoup été question cet été. On a eu droit en juillet à une « forte offensive des libéraux  » (Edf, Télécom…). Il a été dit, répété et démontré cet été que l’Etat devait se desengager : des entreprises publiques ( voir la commission parlementaire sur le sujet) ; de chez Renault ; de son droit de regard sur l’épargne populaire : la décision de laisser fixer automatiquement le taux de rémunération de l’épargne, car «  les politiques préfèrent l’impuissance à l’impopularité » ( le monde) ; de la culture. On a répété que l’Etat ne pouvait pas tout ( ce fut le leit-motiv de Chirac lors de son entretien du 14 juillet – son « l’époque où l’Etat décidait de tout est révolue » fait écho au propos jospinien « Il ne faut pas tout attendre de l’Etat »- et la presse a noté le changement de ton par rapport au même exercice en 2002) ; même topo dans la lutte contre les incendies ou la canicule ; au besoin le PS et Kouchner à la rescousse. Voir aussi les articles « La fin de l’Etat culturel », Le Monde, 12/7 ; « La mauvaise querelle du secteur public » (Le Monde, 19/7), « Trop d’Etat, mal d’Etat » (Le Monde, 18/07).*

Très bon papier de Philippe Ridet dans le Monde du 27 juillet sur la glissement centriste et libéral de Chirac ( « Chirac en adepte du moins d’Etat »)

En même temps, l’affaire Alstom bouscule, apparemment, ce discours. Les « libéraux » grognent ; Madelin réclame une enquête ; l’économiste Elie Cohen dit que « le gouvernement brise un tabou » (JDD). Le Monde (13 août) parle aussi de « tabou », de « geste majeur » mais nuance en rappelant que ce « retour de l’Etat brancardier » ( pour des raisons politico-sociales et la défense d’intérêts banquaires) est une pratique de plus en plus fréquente en occident (Italie, Allemagne, GB, Japon, USA ). Comme si le discours ultralibéral s’accommodait de pratiques «  étatistes ».

Après l’impuissance manifeste du pouvoir face aux séquelles de la canicule, cette affaire suscite de nombreux commentaires sur la vanité ou la confusion du politique, genre : un gouvernement libéral qui «  nationalise » après un gouvernement de gauche qui « privatisait ».

3.

Argent fou : Va-t-on vers une modération des revenus patronaux ? Importée du modèle américain, la pratique des très hauts revenus patronaux, parachutes dorés et autre stock-options commençaient à faire désordre dans le paysage libéral. Ces sommes « exemplaires » étaient manifestement trop voyantes. Depuis deux-trois mois, une campagne était lancée à droite sur le thème : cet argent trop facile dénature le capitalisme, moralisons les choses, chassons les abus. Des députés UMP ont demandé une commission d’enquête parlementaire ; on s’est mis à discréditer le principe des stocks-options ; Madelin lui-même critiquait cette situation ; quantité d’articles écrits cet été sur ce sujet (voir Le Monde, 11 juillet). Aux USA même, débat sur ces « privilèges » (abandon des stock-options par Microsoft), un certain doute sur leur « efficacité » pour l’entreprise, une opposition peut-être aussi entre intérêt des actionnaires et ceux des directions.

Dernier rebondissement : le renoncement de l’ex-patron de Alstom à 4 (de ses 5) millions d’euros d’ »indemnités »…Et Messier montré du doigt.

« On sent que le climat de « l’argent fou » est en passe d’être révolu » croit pouvoir écrire Le Monde.

A la fois un recul des ultra-libéraux et une recherche de boucs-émissaires, désignation de quelques patrons voraces pour faire oublier une explosion des inégalités de revenus qui demeure et s’amplifie.

Voir aussi le papier de Bernard Cassen, « Les bacchanales des patrons-voyous », Monde diplo, août.*

4.

Embarras socialiste : un nombre impressionnant d’articles et analyses cet été sur le Parti Socialiste. Maîtres mots : embarras, désarroi. Grand écart entre un discours plutôt « mouvementiste » et un programme néo-libéral. Divisions internes persistantes, gêne croissante et agressive de son aile « droite » ou « réaliste » ou « gestionnaire »( Rocard, Lamy, Kouchner, Bockel, Charasse). Timides tentatives de remettre sur l’ouvrage le modèle blairiste et ses résultats sur le plan intérieur. Fabius dans « Paris Match  » déclare : « Blair revient sur ses idées. Désormais il met de l’argent sur les services publics, il revient de l’époque libérale  ». De vrais débats internes sur l’économie, la stratégie. Voir notamment le double papier de Jacques Généreux, membre du CN du PS et prof de Sciences Po dans le Figaro des 9 et 11 août, intitulés « L’impasse de la troisième voie » et « Renouer avec une vision progressiste ». Il décrit les trois axes de l’idéologie Troisième voie : supériorité économique de l’économie de marché ; disparition des milieux ouvriers-populaires ; fin du citoyen au profit du client individualiste. Il les critique, avec méthode ; appelle à combattre le fatalisme ambiant ( « Etre socialiste c’est crore que le monde n’est pas ce qu’il est mais ce que l’on en fait ») ; propose un volontarisme au plan de l’économie (distance avec l’Europe) et une autre stratégie électorale ( « rassembler sur la volonté de maîtriser collectivement notre histoire et de construire une société plus juste »).*

Voir la page du Figaro du 20 août sur le « PS déboussolé », « illisible » (Cambadélis), « en crise grave » (Bockel surA2).

Ce débat traverse toute la social-démocratie européenne. Voir l’éloge de la réforme et de la « gouvernance progressiste » par Blair lors du sommet mondial de Londres ( Le Monde du 13/7). A noter le sérieux nouveau virage libéral du SPD allemand par exemple. Voir aussi les «  adaptations » du nouveau régime brésilien. Retour en grâce du modèle suédois.

5.

Besoin de politique : un été marqué par le discrédit persistant de la politique ( impuissance à régler les problèmes ; défiance du mouvement social ; caricature comme « le grand cirque électoral en Californie » , Figaro, 20 août) ; en même temps, une demande nouvelle de politique. Ainsi après le drame provoqué par la canicule, la droite essaie de faire dévier le débat sur le terrain de la culpabilisation de l’opinion ; mais émerge aussi des commentaire l’idée qu’on est en manque de politique, de lien social, d’attention à l’autre, de collectif. Comme l’écrit la directrice de Saint Antoine : « C’est cela la politique non politicienne : donner, restaurer le sens du lien social dans une société trop individualiste ».

Bref des idées non-libérales progressent : besoin d’Etat, de protection, de lien social, de politique, trop d’argent facile.

Sur les partis politiques, voir l’effort de l’UMP pour attirer des adhérents par le biais professionnel, du métier, de l’entreprise.

Voir aussi la déclaration de P Braouzec (Figaro, 20 août) : » Je suis de plus en plus convaincu que la structure d’un parti politique n’est plus à même de représenter la diversité du mouvement social ».

6.

Médias et politique : on peut aussi s’interroger sur le rôle des grands médias dans ce discrédit persistant de la politique. De la même manière qu’ils avaient joué la carte sécuritaire lors des élections de 2002 en évacuant toute autre question politique, les grands médias ont été cet été très « apolitiques », ne repercutant presque jamais les prises de position des partis ; vrai pour le PC, vrai pour les Verts qui se sont plaints à plusieurs reprises de cet ostracisme ( on n’a parlé que de l’affaire Waechter !) ; même le CSA a du s’inquiéter du mauvais traitement de l’opposition dans l’audiovisuel.

En dehors des dossiers incendie et canicule, une télé catastrophiste, privilégiant le fait divers glauque, abrutissante.

7.

Que faire de l’Europe ? Cette question semble revenir de manière régulière à droite et à gauche. Que faire par exemple du pacte de stabilité ? Le Figaro a ouvert courant juillet ses colonnes pour un débat quotidien sur cet enjeu. Dans les débats au sein du PS ( cf Généreux ci dessus), revient l’idée de ne pas se laisser intimider par l’antienne « pas de socialisme dans un seul pays » ; pour une politique progressiste et volontariste évitant de se laisser enfermer dans les cadres européens. F. Mer ouvre aussi un nouveau débat à propos d’Alstom en disant que « l’Europe ne peut pas être seulement un marché ». Le Pen de son côté – de Villiers également- ressort la drapeau de la résistance à l’emprise européenne.

8) Livres à paraître

« Le goût de l’avenir » de Jean-Claude Guillebaud, Seuil. Sur la difficulté à penser l’avenir, tout deuil fait des utopies ; une réhabilitation aussi de la vertu de l’espérance. Des bonnes feuilles dans Télérama du 13 août.

« La gauche et les cités. Enquête sur un rendez vous manqué » d’Olivier Masclet, La Dispute. Long travail d’un sociologue sur la ville de Gennevilliers où il montre comment le PC perd son électorat populaire traditionnel sans gagner ces nouvelles couches venues de l’immigration.

« Du petit vin blanc au Palais Bourbon » de R Nungesser (Albin Michel) où l’ancien patron RPR du Val de Marne parle longuement de G Marchais.

« Che Guevara, Jesus d’Amerique » d’Alain Ammar (Albin Michel).

« La nuit et l’été . Rapport sur la culture à la télévision » de Catherine Clément, La Documentation Française. Remis à Aillagon. Sur la dégradation de la télé publique.

« Maladie infantile du PCF « Le sport ». Sport rouge et stratégie de développement du capitalisme », Ollier Fabien, L’Harmattan.

« Communistes contre Staline. Massacre d’une génération », de Pierre Broué, Fayard

9) Etat de l’opinion

Un Français sur deux (49%) déclare ne pas partir en vacances ( BVA/Paris Match, 11 juillet).

L’Insee indique qu’un Français sur deux a un revenu inférieur à 1160 euros par mois ( Le Monde).

Le pessimisme des Français vis à vis du chômage s’est accru atteignant un niveau record depuis 10 ans selon une étude du ministère des affaires sociales. Quatre français sur cinq pensent que le nombre des chômeurs va augmenter ; 30% se sentent personnellement concernés.

10) Partis politiques

UMP : se dote de fédérations professionnelles afin d’élargir, dit-elle, les points d’entrée dans le^parti ( dossier du Monde, 20 août) ; va se doter d’une fondation fin septembre ; trois principes : proximité avec la droite et le centre, fonctionnement en réseau et ouverture à la société civile, autonomie par rapport à l’UMP. 80 secrétaires nationaux (!) chargés d’animer des groupes d’étude. Selon le modèle de la Fondation Adenauer. Une page du Figaro le 31 juillet.

Droite : bon papier deJérôme Jaffré, Le Monde, 11 juillet sur « La droite sans complexe » ; sur les retrouvailles entre la droite et son electorat ; le partage des rôles entre le premier ministre et le chef de l’Etat ; les risques de radicalisation ; le départ des couches populaires ; l’absence de « projet global de progrès et de cohésion sociale du pays »

PS : Fabius a rencontre à la mi-juillet T Blair à Londres à l’occasion du « sommet des progressistes( reportage dans Paris Match).

Verts : université d’été du 21 au 24 août à Marseille ; polémique à proposde l’invitation de Waechter ; les Verts d’IDF pour une liste commune avec le PS (Le Monde, 17/7)

FN : mise à l’écart de Bernard Anthony, chef de file des catholiques traditionnalistes. 6 septembre, premier meeting Le Pen en Camargue.

LCR : Krivine plaide dans Libération (1/8) pour la création à gauche de la gauche d’un grand parti anticapitaliste ; déclare que sa politique d’alliance avec LO sera fixée au congrès de novembre ; division de la direction étalée dans Rouge sur cette tactique ; la LCR en procès pour une affiche où un quidam s’est reconnu : 36000 euros d’amende ?

Un tiers de page du JDD du 27/7 sur les échanges LO/LCR…

Régionales : pleines pages de commentaires du Figaro des 12 et 17/7 sur les choix des têtes de liste de différents partis.

Syndicats : Panorama d’ensemble in « Lendemains de séisme syndical », Le Monde, 15/7 ( insistant sur le bilan, loin d’être négatif, de la Cgt) ; Problèmes internes persistants à la CFDT (Le Monde, 18 juillet).

Attac : tribune de Nikonoff dans Libération contre les dérives gauchistes dans le mouvement altermondialiste.

Mouvements des idées Note n°43 (28/8/03)

1.

Tous ( et personne) coupables ? Plutôt déboussolée en pleine crise de la canicule, la droite reprend ses marques et conduit une campagne très agressive, visant à culpabiliser les Français. «  Tous coupables » titre le Parisien. Joue sur deux arguments : un : c’est la faute à l’individualisme et surtout un individualisme «  de gauche », un « individualisme post-soixante huitard » ; deux : la maladie française de tout attendre de l’Etat, « l’Etat-papa ». Au total des mots très durs contre ces « Français devenus si abrutis de télé-réalité, si accrochés à leur rêve d’une petite vie de planqués », bref « ils sont devenus des barbares » : édito du Figaro du 25 août.

Une batterie de sondages sollicités pour la circonstance, aux questions orientées comme « C’est la faute au manque d’effectifs lié aux 35 heures »…

Au total une opinion partagée, un clivage gauche/droite net, une tendance au fatalisme, un pouvoir accusé même s’il semble mieux «  résister » que prévu ( Raffarin ne perdrait que deux points au terme d’un mois d’août pourtant calamiteux), c’est du moins un des thèmes de rentrée de l’UMP/. /

La chasse aux jours fériés prolonge cette campagne de culpabilisation et apparaît un peu comme une « punition collective ».

2.

Patrons voyous : la droite, les libéraux très en difficulté sur la question des patrons voyous ( usines dévalisées, non paiement des ouvriers roumains de St Nazaire, salaires délirants…). Elle redoute un discrédit pour l’ensemble de l’institution capitaliste. D’où sans doute le « geste » de l’ex Pdg d’Alstom, Bilger, remboursant « une partie » de son magot. Mais il y a le feu. Voir par exemple l’édito du « Figaro Entreprise » de lundi dernier qui appelle le Medef à condamner solenellement les « brebis galeuses  ». Celui-ci se borne à trouver ces « cas rares et isolés ».

3.

Politique et mouvement social : des propos extrêmement durs de J. Bové pour (contre) la politique et les partis politiques dans le JDD ; discours remarqué ( voir l’édito du Monde sur «  l’alterpolitique ») et intervenant après un week end et des commentaires sévères pour la politique ( cirque politicien des Verts ; mise en accusation de l’opposition sur la canicule…).

On peut aussi entendre Bové comme un appel à un changement radical du comportement politique. Dans le même temps les mises en garde qui se multiplient contre «  l’extrême gauche » ressemblent parfois à une réponse politicienne au mouvement social. Très forte campagne de presse sur la montée de l’extrême gauche. La «  Une » et le dossier du Parisien du 27 août.

4.

Le Medef « travaille » les mentalités :Université d’été du Medef à Jouy-en-Josas avec 2500 patrons. Thème : « la grande transformation »avec des ateliers sur la science, « l’organisation de la société, de l’évolution de la démocratie et du civisme, du communautarisme, de la laïcité et du pluralisme »

« Les entreprises ont un rôle majeur à jouer dans la bataille des mentalités » note Seillère. Longue interview au Figaro du 27/8. Discours très volontariste sur la société qui change dans le bon sens, le besoin de poursuivre les réformes, l’accord de la société sur ces thèmes sauf «  les extrêmes ». Satisfecit au gouvernement. On se félicite du renforcement du « camp syndical des réformateurs, Cfdt, Cgc, Cftc.

5.

Rentrée littéraire : près de 700 romans prévus, un record historique, une belle vitalité. Quantité d’essais aussi sur le «  nouveau désordre mondial » ; nombreux sont consacrés à l’après 11 septembre et la mondialisation ( un sujet qui revient également beaucoup dans la production romanesque : beaucoup de bruit sur le dernier Beigbeder, « Windows on the World ») : Todorov, Glucksmann, Hassner ; plusieurs avancent l’idée d’autres mondes possibles ( Daniel Bensaid chez Textuel ou Daniel Singer chez Complexe). Beaucoup s’interrogent sur les Etats Unis.

La politique française est traitée notamment par « Voix off » de Dominique Voynet (Stock) ; Lang publie une sorte de livre-bilan de son action au ministère de l’Education ; « Histoire générale de l’ultra gauche » de C Bourseiller (Denoël) ; « La gauche et les classes populaires » d’Henri Rey à La Découverte. Ainsi que « Les intellectuels et mai 68 » de B Brillant (PUF) et « Ni putes ni soumises »de F Amara (La Découverte). Arnaud Spire et « La fin des idéologies ».

A remarquer un livre probablement intéressant de François Dosse, « La marche des idées. Histoire des intellectuels, histoire intellectuelle », La Découverte. Evoque un certain épuisement du type classique d’intellectuel engagé, « maître à penser » et « dessine la silhouette originale d’un intellectuel nouvelle manière : toujours aussi passionné, mais désormais dégagé de toute position de surplomb, et bientôt voué à «  recréer les conditions d’une espérance collective ».

Jacques Derrida signe trois livres de philosophie et Etienne Balibar cosigne un ouvrage sur le Proche Orient. Publication des cours de 1973-74 de Michel Foucault.

A retenir encore le nouveau livre de Michel Onfray « Féeries anatomiques  », Grasset, qui prend résolument le parti des nouvelles techniques biologiques et s’élève contre les interdits, où il veut voir la marque des religions. Voir son débat avec Guillebaud ( Le goût de l’avenir) dans Le Nouvel Observateur du 22 août.

Chili : à l’approche du 30^e anniversaire du coup d’Etat de Pinochet, au moins une dizaine d’ouvrages programmés dont « Nous avons mal au Chili » de Roland Husson, ancien attaché culturel à l’ambassade de France, aux éditions Syllepse.

6.

Sur la religion : longue série d’articles, étalés sur deux semaines, dans Le Figaro sur les intellectuels chrétiens aujourd’hui. De la difficulté de s’afficher « catho », de l’image « réac » collée à ce mot, de timides tentatives de contre-offensive.

On notera aussi une certaine discrétion – sinon absence- de l’Eglise lors du drame de la canicule.

Plusieurs articles ont souligné la quasi désertion – dans les grandes villes- des Eglises pour les enterrements. Les messes auraient été relativement peu nombreuses.

7.

France et mondialisation : le dernier ouvrage de l’académicien JM Rouart « Adieu à la France qui s’en va », Grasset, suscite un débat sur le thème du déclin de la France et le danger de mondialisation. L’auteur a été proprement « viré » de la direction du Figaro Littéraire au printemps ; il a radicalisé son propos ; on raconte qu’il aurait tenu des propos aimables pour le PCF lors d’une émission de France Culture. Son livre est l’occasion pour «  Le Point » d’un dossier. Un ton anti-droite, une certaine nostalgie, des accents un peu chevènementistesldébat sur la place de la France, de vraies questions sur la mondialisation.

8.

Sexisme/suites : la mort de Marie Trintignant a partiellement relancé un débat sur violence conjugale, dérives machistes.

Une question qui se retrouve aussi fortement posée dans l’enquête du Monde sur la télévision et la télé réalité en particulier où les «  femmes sont jetées en pâture » ; peu de réaction de la part des mouvements féministes. A noter cette réaction de la journaliste Kathleen Evin (France Inter) : « La télévision nous en apprend beaucoup sur l’idéologie du moment. Il s’agit effectivement de remettre les femmes à leur place d’objet sexuel.(…) Pour ceux des hommes qui se sentent concurrencés sur le marché du travail et remis en cause dans leur foyer, c’est l’heure du retour du bâton. Dans le contexte du monde du travail, on évoquerait la lutte des classes, là on peut parler de guerre des sexes ».

9.

Etat de l’opinion

Selon J. Nikonoff ( Le Monde, 23/8), la critique de la mondialisation libérale est majoritaire dans l’opinion ; mais l’idéologie néolibérale demeure hégémonique en ce qui concerne le caractère nécessaire du libre-échange ou l’idée »bien enracinée » que le coût du travail en France serait trop élevé ; note le peu d’écho à la proposition de baisse des profits.

Selon JL Parodi ( Ifop, JDD), on note « un retour progressif à l’angoisse sociale qui avait caractérisé la décennie précédente jusqu’à la fin de 1997 ». Sondage Marianne sur les régionales en PACA : droite 37% ; gauche 33, FN 20. 40% abstentions/votes blancs. Extrême gauche :6% (1,8 en 98). Vote ouvrier : 35% FN, 28% gauche, 21% droite. Sondages contradictoires fin août sur la popularité de MM. Chirac et Raffarin. En hausse pour CSA/France Info/La Vie ; en baisse pour Ipsos/Le Point…

10) Partis

Universités d’été : après MGB à Dives le 21 et les Verts à Marseille, le PS à La Rochelle (28 au 31), la LCR le 27 (Gourette, Pyrénées), LO achève une caravane- « tour de France », les Radicaux de gauche à Ramatuelle, le troisième semaine de septembre ; l’UDF de Bayrou à Bayonne du 28 au 31 ; le parti radical la même semaine dans cette même ville avec ses nouveaux membres comme Blandine Kriegel (!) ; l’UMP tiendra une «  Fête européenne de la jeunesse » du 5 au 7 septembre dans les Landes, avec Raffarin et VGE.

PS : longue interview programmatique de Fabius dans Le Monde du 28/8 ; ses réseaux, ses hommes. Fabius a été très présent cet été ( de Londres/Blair à l’université des Verts).

PCF : « Le PC est une force persistante » note H. Weber ( Le Monde, 28/8). C’est dit en opposition aux Verts, force émergente. Mais ce ton est nouveau.

Attac : 22 937 adhérents dont 7000 premières adhésions. Près de 900 participants à son Université d’été ; 44% ont entre 50 et 65 ans ; 88% ont fait des études supérieures.* *

FN : portrait de Marine Le Pen qui s’est installé dans le FN en bousculant les oppositions ( Gollnisch, Bompard, Antony), est notoirement connue de l’opinion, joue la carte moderniste (IVG) et se moque des groupuscules « vert de gris ». Mais sur le fond aucune différence avec la politique FN.

PS : portrait de Kouchner dans Le Monde du 27/8.

Verts : image déplorable de leur Université. Idée répétée dans la presse que Voynet allait « hériter » de Montreuil…

CGT : Libération parle d’une note intitulée « Bilan d’étape des mobilisations pour les retraites » de M. Donnedu et A. Guino, secrétaires fédéraux.

CFDT : Etat des lieux ( défections) in Libération du 26 août.

FO : meeting de rentrée au Zénith le 13 septembre. Blondel quitte la direction en février 2004.

Mouvements des idées Note n°44 (04/09/03)

1.

France d’en haut et France d’en bas : « curieux » et impressionnant decallage ces jours-ci dans la presse entre la tonalité générale, plutôt morose, voire déprimée, de la rentrée économique, sociale et politique et les commentaires du monde financier et patronal, apparemment à l’aise comme jamais. Decallage que l’on trouve entre les pages « actualité sociale », sombres et les « pages saumon » du Figaro par exemple, souvent satisfaites. « Un optimisme inédit règne actuellement sur les marchés financiers. A leur retour de vacances, les gérants de portefeuille s’apprêtent à retrouver des indices à leur plus haut de l’année » (Figaro, 2/9).*

Les profits sont bons, le moral aussi et le discours est rodé. Voir par exemple le reportage des Echos sur l’université d’été du Medef  : « elle a clos ses portes comme elle les avait ouvertes ; avec optimisme et entrain » ((1/9). Alors qu’un sondage spécial IFOP indique que 83% des Français « voient en noir les changements à l’œuvre dans le monde », le Medef, par la voix de Kessler, parle de « réenchanter le progrès pour contenir la montée des détracteurs ». *

Voir encore dans la revue de presse du 2/9 l’interview du patron du CCF qui déclare d’emblée que « l’année 2003 est une très mauvaise année » ( en général ?) mais quelques lignes plus loin le même assure que le CCF poursuivra sa croissance du profit, comme il le fait depuis vingt ans : « Le premier semestree a été plutôt bon » dit-il…*

Optimisme donc pour aujourd’hui, hésitation pour demain. Par exemple un problème est souvent soulevé dans ces papiers : comment maintenir la compétitivité et les profits alors que se précise le dumping social de l’Est européen, de l’Asie ( il est beaucoup question de l’Inde et de la Chine). D’où sans doute (entre autres) l’accent par ailleurs sur les choix ultra-libéraux.*

A noter l’accueil enthousiaste du Medef à Sarkozy ( et à Malek Boutih…)

2.

Un discours libéral rodé : on note, peut être comme jamais, une grande complémentarité entre les discours du pouvoir, des idéologues libéraux et du monde patronal. Il peut y avoir des critiques à la marge, des hésitations sur le tempo ; mais tous s’accordent sur des thèmes lourds : redistribuer l’argent en direction des « producteurs " (entreprises) et tordre le cou à l’ »assistanat » (moins de charges, plus d’initiative, moins de social, etc…) ; moins d’Etat ( recul de la responsabilité publique, réforme del’Etat, chasse aux fonctionnaires) ; plus de travail, sus aux 35 heures, aux jours fériés, etc…

Pour JL Bourlandes (Figaro du 3/9) : « Aujourd’hui il s ‘agit de redistribuer significativement les richesses et les pouvoirs au sein d’une société dramatiquement bloquée ».

3.

Médias : Il en est beaucoup question en cette rentrée. La profession de journalistes est sous le feu de la critique. Rappel de plusieurs ouvrages récents : « Bien entendu c’est off » de Daniel Carton ; « Les petits soldats du journalisme » de Fra,çois Ruffin ; « La face cachée du Monde » de P Péan etbP Cohen ; à sa manière le tout nouveau » Nos délits d’initiés. Mes soupçons de citoyen » de Guy Birenbaum (Stock) entre dans cette catégorie. Extraits de ce dernier : « Nous trions ce qui est bon pour vous et ce que vous devez savoir. Nous vous dictons ce que vous devez faire. Cela fait des lustres que c’est ainsi et il n’y a pas de raison pour que cela change ».*

Ces critiques sont revenues à l’université d’été de la communication à Hourtin. Rappel des critiques des médias lors des récents mouvements sociaux.

Sondage BVA/Libération sur les Français et les médias : ils informent mieux ; ils sont tous dans le même moule ; ils épargnent les gens influents. Polémiques répétées entre le pouvoir et certains médias (AFP, F3, F2).

Débat autour de la présence de ministres à une nouvelle émission de téléréalité de la « Une » ; les chaînes publiques qui veulent tirer le débat « vers le haut »…*

Voir l’entretien de Baudis sur le CSA in Le Monde, 2/9 ; sur la téléréalité politique, se contente de dire qu’il faudra veiller au respect du « pluralisme »…*

Le festival Visa pour l’image à Perpignan est aussi l’occasion de s’interroger sur « le journalisme de propagande ».*

A noter la guerre en Grande Bretagne entre Blair, allié au groupe Murdoch, et la BBC.*

4) Radicalité : La radicalité politique n’est pas seulement de nature idéologique, elle accompagne aussi un certain sentiment de déclassement social, sensible dans certaines professions : santé, éducation, culture, précaires, sans parler des victimes de plans sociaux ; la droite tente d’analyser ce phénomène mais ne peut cacher en même temps comme une répulsion de classe ; voir par exemple le papier de AG Slama dans Le Figaro ( 21/07) sur « Le nouveau Lumpen » ; il parle d’ « un phénomène que les sociologues voyaient venir et qui est appelé à bouleverser les rapports de pouvoir : le développement d’un lumpenprolétariat hétéroclite situé en dehors du pays légal composé de sans logis mais aussi de coils blancs automarginalisés, devenu depuis peu capable d’opposer à la société une résistance organisée ».*

Ce qu’il appelle aussi « les délaissés de la modernité », genre «  lumpen bigarré d’Avignon ». Et du Larzac sans doute.

En même temps et paradoxalement, il estime que ces « individus rationnels sont accessibles au dialogue avec un pouvoir assez habile pour les ressaisir. Il faudrait de la part de ce pouvoir beaucoup d’aveuglement et de fautes pour les pousser au desespoir ».*

5) PS divisé ? Nombreux commentaires sur l’université de La Rochelle, la façon dont la direction a instrumentalisé l’extrême gauche ( après l’avoir en partie créée ; se rappeler le dossier des signatures PS pour Besancenot à la présidentielle). Pour Kouchner et les siens, le parti bouge dans le bon sens. D’autres commentaires regrettent que le PS ne soit toujours pas sorti de sa « convalescence », demeure fragile ; «  Le PS entre utopie et réalisme » ( Le Monde, 30 août). Ou le papier de Michel Wieviorka ( Figaro du 2/9) qui s’inquiète de l’existence dans le PS de « tendances inquiétantes », proches de SUD avec « un discours de lutte de classes » ; il trouve qu’au PS le basisme a « progressé depuis le 21 avril » ( discours anti-élites, anti-parisien, anti pouvoir).*

Il propose au PS de récuperer et de digérer une partie du discours utopique ; de se recentrer sur des questions comme la laïcité….*

Enfin il reprend même avec précaution le thème de Finkielkraut sur l’antisemitisme de l’extrême gauche.*

6.

Europe : ignorance et confusion, telle semble être l’état de l’opinion à l’égard des questions européennes. Ce n’est pas nouveau, cela s’aggrave. Pas trop tard pour revenir sur une enquête Figaro Magazine/Ipsos de la fin juin (21/6). On découvre une opinion totalement contradictoire, à la fois prête à voir les décisions prises à la majorité en Europe (autour de 55 ou 60%) et en même temps majoritairement pour voir sauvegardée la souveraineté de la France (49 contre 44). Majoritairement pour l’élargissement (64%), pour un référendum sur la Constitution (45%) ; sur les meilleurs représentants de leurs idées en Europe, après VGE, Delors et Bayrou, c’est Bové (19%) qui vient devant Juppé, Hollande, Le Pen, Chevènement et Laguiller.

Mais le plus intéressant de cette étude est la totale ignorance des Français à l’égard des enjeux européens actuels : seuls 12% disent connaître le travail de VGE, , 42% en ont entendu parler sans savoir de quoi il s’agit et 45% n’en ont jamais entendu parler !

Ces dernières semaines, l’image de l’Europe revient dans les débats que sous des formes critiques : l’Europe contraint les budgets (pacte de stabilité) ; l’Europe nourrit le dumping social ( gros dossier du Figaro sur le risque d’« invasion » d’ouvriers de l’Est) ; l’Europe (Lamy) joue l’OMC.

Les « européeistes » sont en difficulté. Division semble-t-il au PS sur la question de la future constitution. On peut imaginer une sorte de surenchère critique lors des prochaines élections européennes. A suivre le référendum suèdois du 14 septembre sur l’euro.

7.

1958 : la question institutionnelle revient ici ou là. Plus largement le « blocage » de la société pousse certains commentateurs (de droite) à avancer l’idée : il faudrait un nouveau « 1958 » ?!

C’est le cas notamment de Nicolas Baverez dans la revue « Commentaire ». L’idée s’est banalisée ; dans un entretien du Figaro (3/9), un journaliste peut ainsi poser la question : « Croyez vous à un sursaut du type de celui vécu en 1958 ? ».

Comme si l’idée de changements institutionnels ( avec remise en cause du rôle du Président)faisait son chemin…

8) Pédagogie de la réforme : l’expression revient beaucoup ces jours ci. En clair le pouvoir noircirait le tableau, soulignerait l’ampleur des déficits publics « pour provoquer une prise de conscience  » ; cette dramatisation aurait une « vertu pédagogique » ; ce serait « un signe politique » afin de « souligner le besoin de réformes » ( Le Monde, 3/9).

9) Opinion

Intéressant baromètre Sofrès/Figaro de septembre ; il confirme la perte de confiance de l’executif déjà signalée par l’enquête CSA/ L’Humanité ; il montre, plus que CSA, l’angoisse à propos de l’emploi ; un niveau inégalé de pessimisme, d’attente (crainte) de conflits sociaux ; une chute spectaculaire du rôle de la France dans le monde.

Le baromètre illustre parfaitement la crise de la politique _puisqu’il montre un recul de la cote de tous les hommes (femmes) politiques de droite ET un recul plus important encore de tous les leaders de gauche !

Côté partis, tous en recul sauf le PCF qui se maintient à un niveau assez bas (21%).

10) Partis

Raffarin/calendrier : longue interview dans Le Figaro du 4/9 ; intervient le 5/9 à l’université UMP ; le 14/9 sur M6 et le 23/9 (au Parlement ?).

UMP/UDF : vers un accord (?) aux régionales avec tête de liste Udf en Picardie, Rhône Alpes, Aquitaine ; débat sur le Centre, la Haute Normandie, la Bourgogne ; semble considérer la région Languedoc Roussillon perdue pour la droite…

PS : La Rochelle a fait l’impasse sur la question des alliances (colère de Cambadelis). Les forums « renvoyés » au niveau local.

5000 des 25 000 nouveaux adhérents du printemps 2002 n’ont pas repris leur carte 2003 ( chiffres donnés à La Rochelle) ; sur les rapports du PS avec les intellectuels, voir le dossier du Figaro du 29 août et l’interview de Wieviorka le 2/9.

Leur calendrier pour les régionales : dépôt de candidature pour être tête de liste entre le 15 et le 19 septembre ; vote militant puis conseil national du 11 octobre ; listes complètes avalisées le 13 décembre.

Pour les européennes on parle d’ »architecture globale » pour la fin septembre.

PCF : un certain changement de ton dans la presse de droite. Autant il lui arrivait au début de l’été de présenter un PC reparti à l’attaque, notamment avec le débat sur les retraites, autant on répète comme une évidence « PC mort », « PC en ruine », etc…Même mots à l’extrême gauche.

Ce que ne confirme pas le baromètre Sofres/Figaro.

Verts : sommet de la gauche le 8 septembre, PC, Alternatifs, MRC, PRG, PS. Pas LCR. Un long papier à ce sujet dans Le Figaro du 4/9.

ATTAC : réclame un audit des entreprises privatisées après celui des entreprises punliques.

Mouvement des idées Note n°45 (11/09/03)

1.

Résignation ou/et radicalisation ? Le mot est lancé depuis quelques jours. Edito du dernier JDD sur la question. Thème souvent repris dans la presse de droite cette semaine. Propos un peu hâtifs que relève assez bien Robert Rochefort (Credoc) dans La Croix du 8/9 : revenant sur le déroulement de la bataille des réformes, il estime que la situation ( sur des enjeux comme la retraite, la santé) se caractèrise par un double attitude de l’opinion : « une résignation un peu fataliste face aux décisions qui s’annoncent ET l’absence de confiance sur la capacité de la réforme adoptée pour résoudre réellement le problème ». D’où la fragilité de l’état de l’opinion ( et des positions du pouvoir). *

Thème aussi du papier de M. Noblecourt dans Le Monde (10/9) : »Une rentrée entre radicalité et amertume ».

D’autres commentaires pointent eux des signes de radicalisation. C’est le cas du numéro d’été du bulletin de l’UIMM (Mettalurgie) qui souligne que le monde ouvrier non seulement s’abtient aux élections mais se méfient des organisations syndicales, d’où risque d’ »autonomie », de dérapage.

Dans La Revue Socialiste toujours de cet été, C. Larose (ex CGT Textile) pointe le scepticisme des jeunes, redoute des « jacqueries de la desespérance » et l’usage de la violence.

2.

Militantisme : le même Rochefort (op cit) signale très bien un gros point faible du pouvoir. Son discours n’apparaît que comme un discours venu d’en haut ; la « pédagogie » de l’explication de JP Raffarin s’est heurtée à une forte « méfiance à l’égard des politiques, surtout lorsqu’ils sont au pouvoir ». Et il ajoute cet élément clé : « Il a manqué à cette réforme des militants sur le terrain capables avec leurs mots de convaincre leurs voisins et leurs collègues ». Les tracts de l’UMP faisaient trop défense et illustration du pouvoir ; quant à la CFDT, son accord était un arrangement de sommet.

Et Rochefort conclut que le même scénario va se reproduire sur les questions de la santé : « S’il ne trouve pas des alliés dans la France d’en bas, JF Mattéi rencontrera des difficultés similaires pour réformer les dépenses de santé ».

A contrario tout cela est un hommage rendu à la force de conviction du militantisme et de l’activité politique de proximité.

3.

Angoisse sociale : retour en force de la question économique ; l’emploi redevient la préoccupation numéro un. Batterie de sondages qui témoignent d’une vision très pessimiste ; Notamment Tribune/CSA (8 septembre)

Ceci explique probablemet les derniers sondages sur la cote de popularité du pouvoir : JP Raffarin se sortait de l’été sans trop de bosses mais il chuterait fort (Paris Match) début septembre sur la question économique et sociale.

4.

Monde, Europe, Asie : discours omniprésent et multiforme sur le thème des « contraintes internationales » ; les impératifs du pacte de stabilité ; les contraintes de l’OMC ; les articles répétés sur le dumping social de plus en plus lourd : Europe de l’Est, Inde, Asie, Chine surtout…

D’où le thème : le vrai pouvoir est là, ailleurs. Autant de questions qui interrogent la crédibilité du discours politique. Mais ce thème lui-même est vivement débattu. Ainsi papier de AG Slama dans Le Figaro (10/9) qui dénonce le « mythe » d’une rupture radicale apportée par l’actuelle mondialisation ; l’histoire des mondialisations montre que la question n’est pas aussi nouvelle qu’on veut bien le dire ; il conclut : « La souveraineté des nations est demeurée entière dans le vaste champ des choix de société. Aux questions de savoir comment garantir la stabilité des institutions, comment lutter contre les féodalités, comment concilier les solidarités necessaires avec la liberté individuelle, chaque culture nationale a ses réponses. Rien ne l’empêche de leur demeurer fidèle. La perspective d’une uniformisation de la civilisation mondiale est entretenue par les idéologies des deux bords. Elle est plus que jamais resistible. Le principal danger vient des réactions identitaires encouragées par le mythe de la rupture ».

Curieusement dans le même ordre d’idées, voir VGE dans Les Echos du 10/9 qui insiste sur « la compétence nationale » en matière de «  fiscalité » et de « politique économique ».

5.

Confusion européenne

Impression à travers la presse que le débat européen part un peu dans tous les sens, que la perception de l’enjeu – traditionnellement difficile- doit être plus que jamais confus pour l’opinion.

Ignorance des vrais enjeux (sondage du Fig Mag rappelé la semaine dernière) ; débats brouillés : un commissaire socialiste qui fait la leçon maastrichienne à JP Raffarin ; alors que la droite semble s’unifier comme jamais sur une ligne fédérale ( c’était l’objet central du discours de VGE devant les jeunes UMP), ses contradictions politiques lui emberlificotent la tâche.

Tout cela alors même qu’on commence à parler d’un possible échec du projet de Constitution ; et que le référendum suèdois est lui aussi tangent.

Retour d’une forte rhétorique « souverainiste ».

Propos de Sarkozy : notre boussole, l’électeur français !

6.

Nostalgie ?

Spectaculaire débat autour du film « Good by Lenine ! » de W. Becker et ce que l’on appelle l’ « ostalgie » ; un film sur le malaise allemand et suscitant de nombreux commentaires sur les thèmes de la foi, de la croyance, du rêve, de l’utopie opposé « au mercantilisme cynique et vulgaire de la démocratie libérale » (Le Monde) ; du « communisme démocratique » opposé au « socialisme réel » ; de la propagande et du détournement de l’image. Il pose en fait et paradoxalement la question de « l’humanisme ».

7.

Le déclin français ? Relance de ce thème qui avait été un des axes de la campagne présidentielle de Chirac, nourri à l’époque par des chiffres de la Commission européenne indiquant que la France avait perdu son rang, passant du 3e au 10e rang en Europe. En fait les chiffres étaient aléatoires, l’Insee a démenti et Bruxelles a du faire marche arrière. Mais Nicolas Baverez relance le débat d’abord dans un article très commenté cet été de la revue « Commentaires » (Le déclin français) puis un livre « La France qui tombe » (Perrin).

Un des objectifs de la droite dans l’affaire est de mettre en avant la perte d’attractivité française pour avoir un argument de plus dans sa politique antisociale ; la réalité est autre puique Paris par exemple attire deux fois plus de capitaux que Berlin. A coups de bas salaires la compétitivité française est « excellente » ( Le Monde, 8/9).

Mais le débat permet de pointer de vraies questions : faiblesse dans les nouvelles technologies, très faible part du privé dans le financement des recherches, sous investissement dans l’enseignement supérieur.

8.

Nouveau positivisme : longue tribune libre de Seillère dans Le Monde du 9/9 intitulé « le nouveau positivisme » et tirant les enseignements de l’université d’été du Medef. Un sujet apparemment bien décalé de l’actualité comme l’était l’ordre du jour de cette université ( « la grande transformation ») ; il y a là une façon de parler d’ « autre chose » alors que la rentrée est tendue ; mais surtout une réelle prétention du patronat (et de l’entreprise) à jouer un rôle refondateur au plan intellectuel, politique, philosophique ; avec ce « nouveau positivisme » où Seillère pose à l’Auguste Comte du XXIe siècle, on prône une alliance (hommes d’)entreprise/ (hommes de) sciences, seule capable de regénérer une société où tout le reste (politique, idéologie, Etat, …) serait discrédité. Un projet à prendre au sérieux.

Remarquable portrait ( Le Monde, 11/9) de ces « nouveaux » intellos au service du patronat, en l’occurrence François Ewald, ancien maoïste devenu théoricien de l’anti Etat-providence et du risque necessaire ; par ailleurs gérant des archives de …Michel Foucault !

Un déjeuner médiatisé de J Chirac et d’une dizaine de hauts patrons ; commentaires soulignant le glissement libéral du Président.

Une tribune d’Alain Minc(Le Monde, 8/9) ( Le pire est devant nous) qui va un peu dans ce sens : la sphère publique doit s’inspirer des nouveaux comportements en germe à l’entreprise.

9.

Ouvrages

« Les casseurs de l’Etat social ; Des retraites à la Sécu : les chantiers de démolition du gouvernement Raffarin » de Michel Husson (Attac, Copernic), La Découverte.

« Ou va le mouvement altermondialisation ? », collectif (Aguitton, Bertho, Cassen, Negri, Wasserman, …), La Découverte.

« Le pouvoir du MONDE », Bernard Poulet, La Découverte. Nouvelle étude sur le quotidien, après « La face cachée du Monde » de Cohen et Péan.

10) Partis

PS : prépare des Assises de l’Education. Lancement le 18 octobre ; questionnaires dans les fédés jusqu’en avril 2004 ; synthèses régionales octobre 2004/février 2005 ; assises nationales mai/juin 2005.

Ses positions en matière de laïcité (Hollande) rappelées dans Libération du 11/9 ; parle d’une « Charte » et non plus (Fabius) d’une nouvelle loi.

UMP : sérieux malaise interne ; les statuts prévoyaient en octobre un congrès créant les courants ; Raffarin n’en veur plus ; le congrès serait repoussé ; la direction est divisée ; les militants ex RPR vivent mal leur présence dans une sorte de grand parti centriste et mou.

On reparle de la fondation de réflexion ; thèmes retenus : mondialisation, politique sociale, 35 heures « (« comment déconstruire l’idée ») ; méthode du « benchmarking » soit la comparaison des politiques publiques dans le monde pour y adapter la France.

Journées parlementaires le 23 septembre à Nancy.

CGT : papier des Echos (10/9) sur sa rentrée prudente.

CFDT : fait entendre une petite musique critique ( sur l’emploi, la Cnam, la baisse d’impôts, etc…)

Chevènementistes : timide rentrée ; question d’alliance avec le PC aux européennes posée ici ou là.

JPC a rencontré Chirac cet été ( Le Monde, 11/9).

LCR : sérieuses divergences sur la ligne d’alliance avec LO.

Mouvement des idées Note n°46 (18/09/03)

1.

Sondages en baisse, dérive libérale accélérée. En dépit d’une rentrée plutôt sombre pour le pouvoir et d’une batterie de sondages mauvais, le discours officiel (Chirac dans l’Yonne), très proche de la rhétorique du Medef, met l’accent sur l’amplification des «  réformes » libérales. Discours volontariste, optimiste, loin des gens et au total peu crédible. Même L’édito du Figaro l’admet sur le thème : on n’a pas le choix. Dans le même temps, on assiste à une multiplication assez impressionnante de thèmes d’attaque libérale dans la presse ( de droite surtout) : relance de la campagne sur la « valeur travail » ; nouveau plan Balladur de baisse radicale des impôts ; tentatives répétées de discréditer les entreprises publiques ; austérité demandée pour les missions de service public ; offensive fortes, ouvertes, contre Edf-Gdf ; contre la Ratp ; la Poste ; France Télécom ; dossiers sur l’endettement de ces entreprises ; mise en cause persistante des fonctionnaires, question posée de leur rémunération au mérite ; relance des thématiques sécuritaires ( dont l’efficacité est mise à mal avec l’actualité corse) sur la drogue.

2.

La pédagogie du libéralisme ? Mais la droite a un autre discours tout prêt sur le feu, celui du catastrophisme, sur le thème : la maison brûle, il faut faire vite. Un papier exemplaire de ce point de vue de l’historien-idéologue AG Slama ( Le Figaro du 15/9) dit ouvertement que pour la droite « le climat de pessimisme qui s’installe fait partie des raisons d’espérer » et que « les périodes d’illisibilité de l’avenir son favorables aux conservateurs qui ont retrouvé depuis le choc du 21 avril une certaine capacité de rassurer »(!). En d’autres termes l’étalage des problèmes actuels favoriserait le repli, la résignation, et les « réformes » libérales. Cette « tactique », si elle est avérée, n’est pas sans faire penser à la pédagogie mitterrandienne de la rigueur des années 1983-84.*

C’est dans cette catégorie qu’on peut intégrer le « débat » sur le «  déclin » français. Toute une page du Monde sur le sujet, de N. Baverez (16/9) sur le déclin économique et social, le besoin d’une thérapie de choc, l’appel à « un homme (fort) et une équipe (nouvelle) » pour porter la « reconstruction ».

Ce discours de crise comporte une variante socialiste. Alain Touraine, socialisant sociologue, brosse dans la revue italienne « Panorama » un tableau noir de la France, pointant tous les symptômes de crise, et soulignant lui aussi le « trop d’Etat », trop de protection (intermittents, retraites), saluant l’exemple italien ( moins d’Etat, opposition plus efficace, etc…)

Papier de JF Kahn dans « Marianne » qui fustige cet « esprit de démission et de régression ».

3.

La droite divisée ? Mais ce discours vraiment insistant de Baverez et d’autres sur le déclin, ou plutôt l’écho complaisant qu’il rencontre dans les médias ( une intervention quotidienne dans Le Monde, des pages entières du Figaro) traduit peut-être un autre enjeu : une partie de la droite, sa partie la plus populaire (?), semble de plus en plus insatisfaite de JP Raffarin et Chirac. C’est un risque que redoute le pouvoir, très attentif à rassembler les siens. Or une des nouveautés des derniers sondages est l’indication qu’une grosse minorité à droite ( près de 40%) est insatisfaite de la politique économique et sociale suivie ( emplois, impôts…).

En même temps qu’il apporte ses encouragements au pouvoir, le Medef soutient ce thème du « déclin » : voir Seillères in Les Echos du 16/9.

4.

La force de l’idée de progrès social. Excellent sondage de la Sofres pour « Le Pèlerin » sur « Les Français, l’Etat et le progrès social ». Il en ressort que les Français sont majoritaires ( entre 76 et 50%) pour considérer que l’Etat doit financer par l’im^pôt et les cotisations sociales « quel que soit le prix à payer  » les domaines suivants : aide aux handicapés ; santé (74) ; personnes âgées ; éducation (67) ; retraites ; sécurité ; aide à l’emploi ; aide aux familles ; assurance chômage. En queue, 12e rang sur 12 !, vient la défense, qui ne motive que 33% des gens ! D’autre part l’idée que « de nouveaux progrès sociaux sont possibles en France car la France est un pays riche » est majoritaire (50%) ; 48% pensent le contraire en raison de la « concurrence internationale ».

5) Droite/social démocratie : une impression de cogestion ?

Insistance du pouvoir à afficher son entente avec la social-démocratie sur les grands enjeux économiques et sociaux. Raffarin rencontre Blair et peut parler de “ pensée commune” entre eux ; convergences Chirac/Schroder appuyées ; nouvelle rencontre médiatisée Chirac/Blair/Schroder. Au plan intérieur, mise en scène de l’entretien « passionnant » Raffarin/ Delors-Rocard sur ce que sera France dans vingt ans ; D Strauss Khan ( et Lamy) qui se comportent en gérants-garants de l’OMC. Débat sur l’école animé par le technocrate socialo-libéral Claude Thélot et ambition d’aller vers un consensus. A propos de l’Europe, à la fois convergences et surenchère PS/Pouvoir sur l’orthodoxie budgétaire ; le journal « Le Monde » joue de ce point de vue un rôle de pointe, accumulant les papiers assassins pour Raffarin et d’une totale orthodoxie européiste ( voir encore la chronique économique le boucher samedi 14/9 sur « toujours plus » d’Etat en France). Même dépit face aux choix suèdois.

Dans cette rubrique, on peut mentionner aussi ces hauts cadres de l’Etat (PS) qui passent sans état d’âme à la direction d’affaires. Par exemple cette semaine Gilles Johanet, ex specialiste de la protection sociale du PS, ex conseiller de Mauray, qui fut longtemps patron de la CNAM et se trouve aujourd’hui à la tête des AGF ! Ou encore l’hommage fort rendu par le député européen Philippe Herzog à Francis Mer dans le JDD du 7/9 ! Le fait est que la « crise » ne ravive pas le clivage gauche/droite ; les mêmes sondages qui enfoncent le pouvoir continuent de dire que la gauche ne ferait pas mieux.

6) Politique déshumanisée Le traitement par les médias, du moins une bonne partie d’entre eux, de la Fête de L’Huma, rappelle une nouvelle fois la responsabilité de ce «  quatrième pouvoir » dans le discrédit de la politique. Cette manière de rapetisser tout enjeu politique à des approches politiciennes, des anecdotes personnelles.

Voilà des années que les journalistes contribuent à leur manière au discrédit de la politique. On se rappelle comment ils avaient dévitalisé la campagne des présidentielles (déjà peu tonique par ailleurs), comment ils avaient gonflé l’enjeu insécurité.

Voir aussi comment TF1 en cette rentrée prétendait ramener la politique au niveau d’une télé-réalité !

Des médias globalement conspués par les grévistes du printemps et par tous les acteurs du mouvement social. Voir aussi l’énorme succès des livres qui dénoncent « la fabrique de l’information ».

Sur le thème de la « vanité » de la politique, voir l’entretien de Michèle Rivasi, députée PS de la Drôme devenue patronne de Greenpeace France (JDD, 7/9).

7) Tourner la page de « l’antiaméricanisme » ? Effondrement confirmé de l’image des USA dans l’opinion française et européenne. En réaction, plusieurs interventions de poids pour fustiger l’antiaméricanisme français. Par exemple JF Revel dans le Figaro du 8/9 ou le dernier livre de Glucksmannn sur ce thème. Adler dans Le Figaro (18) prône les retrouvailles en politique extérieure avec Blair. Une certaine pression patronale pour un rabibochage avec les USA. Ainsi l’édito du Figaro/Entreprises du 8/9 dit : « On ne va pas pouvoir continuer longtemps à attendre de l’Amérique le salut économique tout en lui faisant un croche-patte à la mondre occasion ». A noter, à la cité du livre, les ouvrages les plus demandés portaient sur la mondialisation et sur les USA.

8) Laïcité

Timide retour de cette question qui occupait une place envahissante avant l’été. On notera au passage que la question du port du voile ne suscite que 10 (dix) cas de contentieux par an, beaucoup de bruit pour pas grand chose. Le débat continue (un peu) de se focaliser sur cette question du voile et d’une loi éventuelle. Loi nécessaire, dit Fillon. Plutôt non, dit Ferry. Le PS divisé.

9) Opinion

Batterie de sondages ( cinq entre le 23 août et le 15 septembre) avec cinq points communs : chute spectaculaire de la cote de l’executif ; recul régulier depuis le début de l’année ; « floc » de la baisse d’impôts ; division de l’électorat de droite ; déséquilibre gouvernemental avec un Sarkozy au zénith et tous les autres en baisse.

10) Partis

PS : en juin l’hebdo « La Vie » avait publié une pétition pour la suppression d’un jour férié ( pour les handicapés) signée JM Ayrault, L Fabius, M Lebranchu, P Terrasse.

Fabius fait un tour de France avec rencontres publiques médiatisées ; en sort un livre chez Flammarion en novembre.

FN : papier de Libération (11/9) sur la manière dont Le Pen ferait le vide à la direction ( après Mégret, Antony, le tour à Gollnisch) et installation de la famille. Voir aussi sur Le Pen La Croix du 5/9 sur « l’installation » du vote d’extrême droite.

Verts : colloque sur le réchauffement climatique le 9 octobre ; Voynet organise un « forum de la gauche » sur l’éducation fin novembre à Dijon.

CFDT : départs des opposants ( La Tribune, 16/9)

Mouvement des idées Note n°47 (25/09/03)

1.

Pédagogie de la réforme : alors que l’image du pouvoir subit une rapide détérioration ( on parle volontiers cette semaine de «  juppéisation », de « cressonisation »… ; bonne analyse de JL Parodi dans le JDD, 21/9) et que l’air du temps journalistique est mauvais pour le premier ministre, celui ci continue de vendre avec opiniatreté son discours sur la réforme (M6, plan 2006…), en tenant compte d’une double exigence : une surenchère des libéraux d’un côté, un souci de déminer le terrain social de l’autre ( thème de l’apaisement, etc…).

Les critiques qui lui sont adressées à droite sont contradictoires : on lui demande plus de libéralisme ( cf le patron UMP du Sénat dans Le Monde du 25/9 : sus aux 35h, moins de charges, ne pas répéter Alstom, plus de fermeté, un service minimum) et plus d’attention à l’opinion… Cette surenchère libérale d’un côté, la campagne du PS de l’autre sur le thème d’une premier ministre qui gélerait/repousserait les réformes finissent par minimiser l’attitude du pouvoir.

Le thème de la « réforme de l’Etat » continue de faire la Une à droite. Très fortes pressions sur ce thème.

2.

Envie de droitisation : long papier quasi délirant d’anticommunisme et d’antisyndicalisme de l’académicien Maurice Druon dans le Figaro du 22 (justement épinglé par L’Huma du 23) ; propos d’un vieillard irresponsable, mais coutumier du fait ? En même temps, tentative de radicaliser le discours de la droite : voir l’interview de Dupont-Aignan dans Minute la semaine dernière, le fait aussi que chaque semaine désormais un cadre (député) UMP s’exprime dans les colonnes de ce journal : Estrosi, Poignant, Pandraud, Accoyer. Comme si on gardait ce fer au feu.

Long papier de tonalité aussi « réac » d’un autre académicien, Fumaroli, dans Le Monde, fustigeant « le régime socialo-communiste » et reprenant cette idée décidément dans l’air du temps ; la situation ressemblerait à l’atmosphère de la fin de la IVe République.

Et alors que la droite « dure » semble avoir le vent en poupe en Europe  : Aznar se maintient ; la CSU allemande remonte ; Blair plonge ( encore que : dernier sondage anglais donne le labour à 40%, les conservateurs à 30 et les libéraux démocrates à 20).

3.

Déclin/ suite. Le débat autour du livre de Baverez est devenu un « phénomène » de la rentrée. C’est une idée qui se vend bien dit même Le Monde. Un débat qui semble avoir un peu échappé à ses auteurs. A l’origine, une critique de droite « néo-seguiniste » ( Baverez est un ancien conseiller de Séguin), un appel à la réforme libérale (Chirac surfait sur ce thème pendant la présidentielle), une mise en cause aussi du personnel politique de droite, une sorte de nostagie d’un « coup » à la 1958. Mais le débat part un peu dans tous les sens, dessert plutôt la droite chiraquienne ( mise en garde de Slama dans Le Figaro du 22, le thème est dénoncé par Raffarin à Nancy), participe du discrédit du pouvoir et semble plutôt récupérable par l’extrême droite. Le Pen y fait volontiers référence.

A gauche, Baverez longuement interrogé dans Le Nouvel Obs ; des gens comme Attali approuve ( L’expansion, 25/9).

4.

Extrême droite : après un an de relatif retrait, elle semble à présent vouloir surfer sur les difficultés de la droite. Et de Sarkozy : immigration, Roumanie, Corse, syndrôme du « tous pourris  », détestation de la politique, nationalisme anti-Bruxelles… Tout un discours intégriste de droite se « remet » en place et semble «  coller » avec la crise politique de la rentrée.

La presse évoque le passage d’un universitaire UMP, Sulzer, de Bourgogne, membre de l’association des Amis de Chirac, au FN.

5.

Voile islamique : l’affaire revient avec l’histoire des filles d’Aubervilliers ( et un habillage de « gauche ») mais de toutes façons ce débat depuis quelques jours remontait régulièrement dans la presse, après quatre mois de silence ; beaucoup y ont intérêt…

6.

1968 : polémique autour du nouveau film du quebecois Denys Arcand, « Invasions barbares ». Lequel met en scène un père «  socialiste jouisseur » et un fils « capitaliste austère et ambitieux ». Entre autres. Le Monde n’a pas du tout aimé cette «  caricature complaisante », « décevante », qui « sonne comme une pauvre plaidoirie : nous n’avons pas changé le monde, pas même affranchi les œuvres de l’esprit des contraintes de l’argent mais nous nous sommes bien amusés » Le journal y voit « un méchant réquiem » sur 68.

7.

Crise à la CFDT : l’annonce du départ de 10 à 20 000 adhérents dans le secteur transport/énergie est en règle générale minorée dans la presse ; comme un consensus pour en faire une non affaire ; c’est tout de même un gros choc ; rappelons qu’ un précédent départ de la CFDT pour Sud voilà quelques années n’avait entraîné que 2 ou 3 000 départs.

8) Image de l’Europe Depuis quelques semaines, tout particulièrement, l’Europe semble rimer avec contraintes, menace (d’amendes), refus d’aide, ultimatum, casse du service public, sanction, etc… Il y a dans tout cela une part de « mise en scène » (Figaro/Economie). N’empêche : et si une « nouvelle » image s’installait dans l’opinion ? Certains semblent le redouter. Les européistes tiennent en général un discours très prudent. Le meilleur exemple est le trouble (nouveau) du PS sur cette question identitaire pour lui. A l’évidence il y a une division base/sommet sur la question de la Constitution européenne par exemple ( Le Monde, 19) ; «  campagne » de Moscovici (Libération, 23), JM Ayrault (Figaro, 24), Beres Pervenche (Libération, 25) pour ce texte ; DSK est pour ; relative prudence de Hollande et Fabius ; Valls envisage le Non ; vers un référendum interne ? On commence à s’inquiéter pour le « détricotage » de ce texte ; VGE sort le 2/10 chez Albin Michel le projet de constitution accompagnée de 80 pages de commentaries. Attali dans un hebdo envisage même l’éventualité –épouvantable certes à ses yeux- de sortie de l’euro…

9) Opinion Hausse significative du mécontentement. Plus des deux tiers des Français (67%) jugent « mauvaise » la politique sociale du gouvernement et 63% pensent de même de la politique économique (BVA/ Bleu de la profession politique). Ils n’étaient respectivement que 55% et 52% en juin.

57% de personnes favorables au vote des étrangers aux municipales et européennes (Politis, 25/9)

Selon L’Expansion, « volte face » des Français sur les 35h qui y verraient, pour 68%, une source de « nouvelles inégalités » (25/9).

10) Partis

PS : Sondage sur la popularité des leaders ; Delanoé en tête mais surtout Hollande en queue ; commentaires nombreux sur l’absence de leadership.

Verts : seraient pour la Constitution européenne ? C’est du moins ce qui ressort de la tribune libre Cohn Bendit/Lipietz in Le Monde (20/9) Long papier dane Le Monde, 26, sur cette formation.

UMP : argumentaire de Juppé sur l’école (Figaro, 20/09) ; débats internes à propos du refus des courants.

LCR/LO : vers un accord électoral ; LO bougerait sur la question du «  deuxième tour ». Long commentaire dans Le Figaro du 23. Laguiller dans un entretien au Monde met l’accent sur le caractère responsable de LO, le rôle constructif de ses élus…(22/9).

FN : lancement très médiatisé de la campagne Le Pen en PACA ; dossier du Parisien sur le FN (18/9)


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