Tapuscrit du Fort

Préface

Un rêve d’atelier d’écriture

Il y a des moments, comme ça, dans la vie où tout roule tout seul, tout « baigne » comme on dit. No problemo. On sait bien que ça ne durera pas éternellement, raison de plus pour profiter à plein de ces instants.
C’est très exactement ce qui s’est passé pour moi avec cet atelier d’écriture, organisé dans la classe de CM2 de Catherine Ferry, à l’école Georges-Braque de Montigny, entre septembre et novembre 2008.
Je résume : tout fut parfait, la prof, les élèves, l’intrigue, l’organisation.
Il a d’abord eu une belle complicité avec Catherine, prof pertinente et passionnée, à l’évidence adorée de ses « mômes ». Elle est de formation historienne, moi aussi ; elle aime les polars, moi itou. On s’est donc vite entendu pour un polar historique. Un polar d’aujourd’hui sur un sujet historique.
Le sujet, justement, nous a aussi mobilisé, le mot n’est pas trop fort. Il existe en effet à Montigny un lieu remarquable et sans doute pas assez connu, le fort de Cormeilles. Robert Hue en parle fort bien dans son livre sur l’histoire de la ville. Et l’endroit à lui tout seul est déjà un beau sujet de roman. On ne s’est donc pas gêné : on y a installé notre histoire. Un grand merci, au passage, à Mr Patrick François de l’Association des Amis du fort pour son aide et sa gentillesse.
Ensuite il y a eu les enfants ; j’aurais peut-être dû commencer par eux, les mettre en tête mais ici je raconte un peu la chronologie de ce travail. Cette classe de CM2, vive, drôle, accueillante, affectueuse, etc, etc, était un régal. Elle a joué le jeu, de bout en bout, du premier au dernier paragraphe. Elle s’est complètement appropriée l’histoire, a inventé le scenario, cherché les mots, travaillé les expressions, elle a écrit, beaucoup écrit, elle a créé... Semaine après semaine, les élèves ont laissé libre cours à leur imaginaire dans une bonne humeur persistante.
Enfin, last but not least comme disent les anglais ( vous verrez, on parle même anglais dans l’histoire !), il a eu l’aide, attentive, cordiale de Karima. Son soutien sans faille nous a été précieux. Elle a su valoriser ce travail puisque le livre n’était pas terminé que nous avions déjà eu droit à une belle couverture de presse ( Le journal municial de Montigny, La Gazette du Val d’Oise).
Donc, oui, ce travail qui a abouti au présent volume intitulé « Les disparus du fort de Cormeilles » fut bien un rêve d’atelier d’écriture.

Gérard Streiff
Les disparus du Fort de Cormeilles

Chapitre 1
Où sont Cyrille et Aurélie ?

....47, 48, 49, 50 ! J’arrive !
Lisa, après avoir compté, la tête contre un arbre, se retourne. La partie de cache-cache peut commencer. Elle aime ce jeu, se cacher, se découvrir ! « Alexandre ? Aurélie ? Cyrille ? Où êtes vous ? Vous êtes là ? » Elle pose la question mais elle sait très bien que ses amis ne vont pas répondre. Cela ne serait plus du jeu.
Cheveux blonds avec une frange, yeux bleus, Lisa, du haut de ses dix ans, semble une adepte de la mode tecktonic : slim, Renverses Etoiles noires, gel pour tenir sa coiffure. L’allure sportive, on la sent un peu inquiète.
Elle a entendu ses amis tout à l’heure courir très vite, ils ne sont pas très loin mais elle ne sait vraiment pas où ils sont partis. Ils se sont sans doute cachés dans le bois tout proche. A son tour, Lisa entre dans la forêt. Mais elle n’est pas très tranquille ;la fille entend plein de bruits, elle croit voir des arbres bouger, des branches grincer ; elle en a des frissons. Elle se dit alors qu’elle a mal fait d’entrer dans cette forêt ; celle-ci a l’air si immense, si profonde et il y fait si sombre. Elle croit même voir un python ramper ; il va la mordre ?! Elle crie ! Mais en fait ce n’était qu’une grosse racine. Décidémment, elle est trop inquiète et elle revient sur ses pas. Elle marche en regardant à droite, à gauche, elle continue de crier les noms mais elle ne voit toujours rien. Soudain, quelque chose bouge dans les buissons. Elle pense avoir trouvé un de ses amis, elle court mais elle tombe... sur un chien.

Le chien veut jouer avec elle, il saute, il jappe ; elle lui dit de partir mais l’animal, tout heureux d’avoir trouvé un ami, reste à ses côtés. Soudain, il grogne puis il court vers un arbre, comme s’il avait vu un danger ou trouvé quelque chose ; il jappe à nouveau. Lisa s’approche, ne remarque d’abord rien puis entend un grand craquement suivi d’un cri. C’est Alexandre qui tombe du ciel ! Il avait grimpé dans un arbre, s’était caché sur une grosse branche mais celle-ci s’est cassée et il vient de tomber par terre, aux pieds de Lisa.

Alexandre est un grand garçon de onze ans, un métisse de père sénégalais et de mère valdoisienne ; une grande casquette noire sur des cheveux frisés chatains foncés, les yeux marron vert, il porte un jogging bleu et des baskets. Gentil, attentionné, il ne tient cependant jamais en place et ses amis ont fini par le surnommer « bouge bouge ». Il adore l’escalade, pas étonnant qu’il se doit retrouvé dans les hauteurs.
Lisa rit en le regardant par terre mais lui est fâché.
« C’est pas juste !
– Quoi ?
– C’est pas toi, Lisa, qui m’a trouvé ?!
– C’est qui alors ?
– C’est le chien !
– Et qu’est-ce que ça change ?
– C’est pas le jeu !
– C’est pas grave, Alexandre... Mais dis-moi, tu t’es fait mal ?
– Un peu, oui, j’ai mal au dos, mais ça ira.
– Alors, maintenant, aide-moi.
– A quoi faire ?
– A chercher les deux autres, tiens !
– Cyrille et Aurélie ?
– Bin oui ! Ils sont où ?
– Je ne sais pas. Ils étaient derrière moi.
– Et puis ?
– Et puis pouf !
– Pouf ? Comment pouf ?
– Oui, ils ont disparu. Vers là haut.

La forêt en effet forme une butte et des sentiers grimpent assez fortement vers le sommet d’une colline. Alexandre désigne cette direction.
– Tu sais où ça va, là ? Dit Lisa.
– Oui, ça va vers le fort !
– J’espère qu’ils n’y sont pas partis ?!
– Oh non, ils savent bien qu’on n’a pas le droit d’y aller ! Nos parents nous l’ont strictement interdit.

Une heure durant, Lisa et Alexandre cherchent sans rien trouver. Pourtant, ils ont beaucoup marché, ils ont crié « Cyrille ! », « Aurélie ! » mais personne ne leur a répondu. Lisa est morte d’angoisse et Alexandre commence sérieusement à paniquer.
« Tu ne crois pas qu’on devrait rentrer ? Dit Lisa.
– Rentrer ?
– A la maison !
– Non mais, tu rigoles, répond le garçon, on ne va pas laisser tomber nos amis, non ? On va pas les abandonner ? On va pas abandonner Cyrille ; je croyais que tu l’appréciais beaucoup.
– Oui, t’as raison, je lui ai même offert un bracelet ; allez, cherchons encore un peu.
– Allons voir un peu plus loin, on les trouvera, forcément !
– Faisons vite, alors !
– Oui, parce que la nuit va bientôt tomber.
– Cyrille ? Aurélie ? Où êtes vous ?
– Là, regarde, dit soudain Alexandre.
Au milieu du sentier, à leurs pieds, il y a un bracelet, abandonné. Lisa le reconnait :
« C’est celui de Cyrille !
– T’es sûre ?
– C’est le bracelet que je lui ai offert !
Elle ramasse l’objet, le retourne. A l’intérieur il est bien marqué : « CYRILLE ». Ils sont dans la bonne direction.
« Et là, t’as vu ?! Dit Alexandre.
Il y a, accroché à une branche, un foulard, tâché de quelques gouttes de sang.
Le vêtement appartient à Aurélie. L’affaire devient grave.
« Il a dû arriver quelque chose ! Dit Alexandre.

Le chien ne les avait pas quittés.
« Il s’appelle comment ? Dit soudain Alexandre.
– Je ne sais pas. Mais regarde, il porte un collier.
Et sur le collier est écrit Oscar.
– Oscar ? Crie la fillette.
Le chien réagit aussitôt, s’approche d’elle. Puis il se met à nouveau à japper. Il vient de repérer en effet, le long d’une paroi rocheuse, une sorte de grotte.
« Allons prévenir nos parents ! Redit Lisa.
– Non, protégeons nous plutôt ici, je crois qu’il va pleuvoir.
– Maman ne veut pas, dit la fille qui suit cependant Alexandre.
La grotte en vérité est peu profonde et on distingue, mal mais on distingue tout de même, un mur et dans ce mur, une porte.
C’est alors qu’ils entendent, derrière cette porte, quelqu’un qui crie :
« Garde à vous ! »
« C’est le fort, dit Alexandre ; on y va ?
– Mais t’es malade, répond Lisa.

Chapitre 2
Le fort

Pour Lisa et Alexandre, pour Cyrille et Aurélie, le fort est un monde immense, une cité interdite, un continent englouti. D’ailleurs, autour du lieu ne voit-on pas des panneaux indiquant « ACCES INTERDIT ! DANGER ! ».
Ce site, qui semble tant les effrayer, domine Montigny. S’il est au sommet de la colline, au dessus de la ville, pourtant de loin on ne le voit pas, car il est à demi enterré et caché dans la forêt ; on ne l’aperçoit que quand on a le nez dessus. C’est une construction militaire de la fin du 19è siècle, une sorte de très grand carré fortifié, entouré d’un fossé ou de douves.

On y arrive par une grande porte, voutée, creusée dans la colline. De dehors, elle paraît en bois ; l’autre face, à l’intérieur donc, est en acier, peinte en vert. Après la porte, on passe un pont qui enjambe le fossé. Sur la droite se trouve la caponnière simple, caponnière voulant dire niche où l’on peut observer l’extérieur et s’abriter aussi.
Puis une deuxième porte, crénelée, est surmontée de l’inscription « Fort de Cormeilles ». Elle est suivie d’un tunnel, sombre, d’une dizaine de mètres, où l’on voit au sol des rails. Ils servaient pour tracter les wagons qui transportaient les armes en cas d’attaque.
Sur la gauche, il y avait la prison. C’est là qu’on avait enfermé les prisonniers allemands lors de la dernière guerre. Jusque dans les années 1950.
En suivant les rails, on accède, après le tunnel, à une grande cour qui entoure un beau et long bâtiment de deux étages, le bâtiment des officiers. La façade, de briques rouges, est trouée de nombreuses fenêtres ; la porte centrale de cet édifice est surmontée par une horloge et par les armoiries du génie militaire.
En longeant ce bâtiment sur la droite, on voit un char, immobilisé, le canon dressé, puis un escalier, à demi mangé par des herbes folles, qui grimpe on ne sait trop où, vers une terrasse ou vers la forêt qui surplombe donc la place.
A droite du bâtiment, dans la falaise, on distingue aussi l’entrée de la poudrière. C’est dans ce lieu qu’étaient stockées les armes ; sur les murs de cet espace, il a plusieurs grands tableaux. Ils ont été peints par un prisonnier allemand, il y a longtemps. On y voit des maisons à colombage et aux toîts pointus, des fôrets, un lac, des montagnes, des paysages qui évoquent son pays. Ce qui est bizarre, c’est que le peintre a représenté là les quatre saisons, printemps, été, automne, hiver.

Derrière le bâtiment des officiers se trouve un autre grand immeuble, la caserne qui a accueilli plus de 1000 soldats.
Dans cette partie de la cour, sur le côté gauche, un hangar abrite les véhicules militaires anciens, une grande jeep, des camions et camionnettes des armées françaises ou « alliées », anglaise notamment, tous de très beaux engins de collection.

C’est dans ce coin aussi qu’on signale une citerne pour garder l’eau. Toute cette première partie du fort est donc consacrée aux habitations et aux garages.

Puis, toute la partie arrière du fort, jusqu’au fossé, forme une sorte de demi-cercle presque entièrement recouvert et masqué par la forêt mais traversée par la rue du rempart ; là, l’activité est sutout souterraine. Cette partie est traversée par plein de couloirs souterrains, longs, étroits, sombres, des galeries qui descendent, qui montent, plein de passages secrets, plein de salles dont on ne sait pas très bien à quoi elles ont pu servir ; certaines de ces salles sont des salles d’armes, d’autres des ateliers d’artisans.
Dans cette partie étaient situés les canons ; il y avait tout un système de treuil, avec des poulies, des chaînes, sur plusieurs niveaux, pour faire remonter les boulets et les obus de canon.
Des chemins sont interdits, on ne sait pas où ils mènent ; on distingue même une porte dans la paroi, comme si on avait voulu enfoncer cette porte dans le mur ; on remarque des outils, des balles. Il y a même une voiture brûlée.
Quand on marche dans ces passages souterrains, les pas résonnent ; il y a parfois des flaques d’eau. Sur des murs on croit voir des taches qui ressemblent à des taches de sang. Parfois il y a aussi des silhouettes dessinées à la craie sur les parois ; tout cela fait un peu peur.
Différents corridors arrivent à un angle du fort, qui est à l’opposé de l’entrée ; c’est la caponnière de tête ou caponnière double ; de là, on voit la forêt par de petites fenêtres ou par des meurtrières, qui sont des ouvertures assez larges à l’intérieur du bâtiment mais très étroites vers l’extérieur ; c’est de là qu’on attendait l’ennemi et d’où on pouvait tirer sur lui. De là aussi, on peut même accéder directement à la forêt.

Chapitre 3
Aurélie arrive au fort

Dès que la partie de cache-cache a commencé, Aurélie avec Cyrille se sont
précipités dans la forêt pour se cacher. La jeune fille, dans sa course,
trébuche, son pied ayant accroché une racine ; elle glisse, perd son
foulard, se blesse au doigt, saigne même un peu. Paniquée, elle s¹appuie sur
une pierre qui pivote et cette fois, elle tombe dans un trou. Complètement
effrayée, elle crie :
« Aaaaaaaaaaaaahhhh !
puis
« A l¹aide !
Le trou est gros, est-ce un passage secret ? En fait c¹est un tunnel.
« Ouah, c¹est magique, dit-elle.
Elle suit le tunnel ; elle s¹étonne, où est-elle arrivée ? Et Cyrille ? où
est passé Cyrille ?
« Cyrille ? tu es là ? réponds moi ? allez ! c¹est pas marrant !
Mais personne ne lui répond.

Aurélie a onze ans, les cheveux châtain, très longs, les yeux noisette ;
elle porte une jupe avec un tee-shirt court ; d¹ordinaire elle est coquette
mais ici elle oublie de s¹occuper de sa toilette ; ses petits plaisirs
habituellement ? faire du shopping et de la danse. Son caractère ? on la dit
chochotte, peureuse, timide, même méchante par moments ; elle n¹est pas très
sportive. Sa principale qualité ? intello, bonne en classe. Son petit drame
personnel ? elle est amoureuse de Cyrille mais elle se doute bien que
Cyrille lui préfère Lisa ; c¹est d¹ailleurs ce que le garçon lui a dit la
veille, textuellement : je préfère Lisa ! Aussi est-elle jalouse de
celle-ci. Mais pour l¹instant, elle a d¹autres soucis.

La fillette se retrouve donc dans un souterrain, elle s¹inquiète de plus en
plus. Elle avance toujours dans le petit couloir étroit et finit par arriver
devant une barrière. Elle commence à comprendre où elle est ! Elle est sans
doute devant le fort. Le fort ! le lieu interdit, là où il ne faut pas aller, l¹endroit de tous les dangers !

A ce moment là, elle croit entendre une voix crier à l¹aide de l¹autre côté
de la barrière et pense que c¹est la voix d¹Alexandre. Alors elle passe
l¹obstacle et se dirige vers la voix. Sur un mur, elle trouve une carte ;
c¹est la carte du fort ; cette fois, pas de doute, elle est bien dans la
forteresse ; que faire ? en regardant le plan, tout semble si grand,
immense, couloirs, terrasses, bâtiments, fossés, caponnières, une vraie
petite ville ; elle croit comprendre qu¹elle est dans la partie Est du fort
mais malgré la carte, elle se sent complètement perdue.
Alors, elle visite. Partout. Du Nord au Sud, de l¹Ouest à l¹Est. Elle rentre
dans une salle qui est la prison mais elle ne s¹en doute pas. Elle entend
des bruits qui font : Paf, paf et des gouttes d¹eau qui font : Flic, flac !
La nuit tombe, Aurélie est fatiguée, elle commence à avoir peur, à avoir la
chair de poule. Elle décide de dormir.

Chapitre 4
C¹est la guerre ?!

En pleine nuit, en plein sommeil, elle entend un bruit dans ses oreilles.
Elle ouvre les yeux, doucement, et
« Aaaaaaaaaaaaaahhh ! Un rat ! »
Elle sort vite de la prison , tout le tunnel tremble ! Elle entend cette
fois des bruits de pas ; elle suit ces bruits ; elle voit au loin une
personne qui ressemble à un adulte ; elle continue son chemin et soudain
elle marche sur quelque chose de dur ; elle regarde par terre ; elle se rend
compte que ce sont des balles de fusil ; ensuite elle voit des flammes, du
feu, elle entend des coups de feu.
Et puis il y a des militaires, plein de militaires ! « Garde à vous ! » crie
l¹un d¹eux. Il y a même un char qui commence à avancer et des soldats qui
courent vers le char pour tenter de s¹en emparer et lui tirent dessus !
Soudain le char tourne son canon vers Aurélie comme pour la viser.
Elle a peur, elle court à nouveau, se cache dans une voiture. Là, elle se
met sous une couverture de camouflage. Soudain deux officiers montent dans
la voiture, mettent en marche le moteur. Alors que l’engin démarre, Aurélie,
toujours sous la couverture, dit :
« Cyrille, c¹est toi ?
Les officiers se demandent qui parle, ce qui se passe ; ils se retournent, voient la
couverture bouger. Ils se disent :
« Qui est cet intrus ? un ennemi ? un fantôme ?
Ils prennent peur !Le chauffeur sort du véhicule en appelant à l¹aide ;
l¹autre est bloqué dans la voiture, il crie :
« Bon sang, mais ouvrez moi la porte !
Aurélie profite de la confusion pour se sauver elle aussi vers la sortie du
fort ; elle voit des escaliers cachés, arrive à la terrasse d¹où elle voit
une scène terrifiante. Des hommes, plein d’hommes s¹entretuent. Pif, paf ! Aurélie se dit :
« Quelle misère, je vais mourir, je vais mourir ! Où sont mes amis ? Où est
la sortie ? Oh la la, qu¹est ce que je vais devenir ? »
Elle crie :
« Alexandre ? Cyrille ? Lisa ? Où êtes vous ? Je ferais mieux de faire ma
prière, je ne pourrai jamais me marier avec Cyrille ! Mais qu¹est-ce que je
fout ici ? »
A ses pieds, elle trouve un couteau, plein de sang ; à nouveau, elle dit :
« Ah, je vais mourir ! Qu¹est ce que je vais faire ? Ma maman me manque déjà
 ! J¹aurais mieux fait d¹être ailleurs. »
Soudain elle entend une nouvelle fois des coups de fusils, elle panique
encore plus !

Chapitre 5
Cyrille et Aurélie

Cyrille pendant ce temps là est lui aussi arrivé dans le fort.
Ce garçon de dix ans est assez grand pour son âge, un mètre soixante ; il a les
cheveux bruns, les yeux marrons clair, une allure hip hop : il porte un jean’s baggy et une veste avec capuche et, au pied, des renverses étoiles noires ; il est romantique, courageux, fait des bêtises car il n¹a peur de rien. D’habitude, il ne quitte jamais un bracelet marqué à son nom, un cadeau de Lisa ! Il adore les jeux vidéo et ne sort pas sans sa CSP, une console portative multimédia à la mode. Dernière caractéristique qui a son importance, il est amoureux de Lisa !

Comme Aurélie, au début du jeu de cache cache, il a voulu se volatiliser en
montant dans les bois et il est arrivé dans le fort sans trop savoir
comment. Maintenant, fatigué, il arrive dans une grande salle sombre, pleine de tableaux qu¹on distingue mal mais qui ont l¹air extraordinaire. Et il se dit : mais,
c¹est les quatre saisons ! En fait il est dans la poudrière. Quand il parle, sa voix résonne. Il voit tout au fond de la salle une petite porte ; il essaye d¹entrer mais la porte ne s¹ouvre pas. Et voilà qu¹il tombe dans un passage souterrain ; là, il y
fait tout noir ; alors il cherche sa CSP pour faire de la lumière. Dommage,
elle n¹a plus de batterie.
Cyrille craque. Il dit :
« J¹étais tout content d¹avoir de la lumière, mais la batterie est à plat,
c¹est vraiment pas de chance !
Alors, le garçon avance à tâtons pour tenter de retrouver son chemin ; il
voit encore une porte, il se dit :
« Est ce que c¹est un nouveau danger ? ou bien enfin peut être un passage
qui me conduit vers la sortie ?
Tout en ayant un peu peur, il pousse tout de même la porte. Il l¹ouvre
brusquement et tombe, lui aussi, sur des militaires, des chars, des cris,
des coups de fusil, des fumées, du bruit, une vraie bataille.
« C¹est la guerre mondiale ou quoi, se dit il ?
Il a peur, prend un escalier caché et tombe sur Aurélie ; il est tout
content de retrouver une de ses amies.
Ils commencent à discuter mais la bataille fait un tel bruit qu¹ils ne
s¹entendent pas.
« Qu¹est ce que tu fais dans le fort ? dit Aurélie.
 Quoi ?
 Je dis : qu’est ce que tu fais là ?
 Et toi ? dit Cyrille.
 Comment ? répond Aurélie. J¹entends rien.
 J¹ai dit : qu¹est ce que tu fais là ? en pleine bataille ?
 Ah, d¹accord, dit elle.
Alors elle raconte son histoire. Quelques minutes plus tard, Cyrille dit :
« Aaah, c¹est vraiment une drôle d¹histoire.
 Comment ? dit Aurélie.
 Aaah, laisse tomber ! remarque Cyrille. On s’entend pas.
 Dis donc, ils font un de ces bruits, en bas, hein ? ! s¹étonne Aurélie
 De qui ? crie Cyrille.
 Je dis : ILS FONT DU BRUIT EN BAS, NON ? hurle Aurélie.
 Comment ? répond Cyrille
Cette fois, c¹est lui qui n¹entend rien.
« Tiens, tu as perdu ton foulard, non ? demande le garçon.
 Tu as raison ; et toi, ton bracelet, tu l¹as toujours ? ajoute la fille.
 Bien sûr, bien sûr... mais, que, quoi, oh, zut, il n¹est plus là, regrette
le garçon. Le bracelet de Lisa n’est plus là.

Chapitre 6
Crise de jalousie

« Cyrille ! Je...je...je... suis amou...amou...amou...
Aurélie semble très émue.
« Amou quoi ? Demande Cyrille.
– Amoureuse de toi, tu le sais bien ! O mon prince charmant, tu es donc venu me sauver sur ton beau cheval blanc !
– Oh la la, lâche moi, Aurélie ! Tu sais que tu m’ennuies !
– Ah bon ?!
– Oui, je t’ai déjà dit que ma princesse, c’est Lisa.
– Oh, arrête de penser à cette fille. »
Cyrille soudain cherche quelque chose dans sa poche ; c’est une bague. Il la donne à Aurélie. Elle la prend, sourit, heureuse. Il dit :
– Regarde bien à l’intérieur !
Elle lit ces mots gravés dans la bague : « C’est Lisa que je préfère ! » La jeune fille rougit comme une tomate. En fait, elle est rouge de colère. Cyrille dit :
« T’es jalouse ?
– N’importe quoi ! Répond-elle.
– Mais pourquoi t’es rouge, alors ?
– J’ai chaud, c’est tout, j’ai besoin d’un verre d’eau.
Puis elle ajoute :
« Mais pourquoi c’est elle que tu préfères ? Pourquoi c’est pas moi,
– Je l’aime.
– Mais qu’est ce qu’elle a de plus que moi ?
– Tout !
– C’est faux ! Je suis plus belle qu’elle !
– Peut-être es tu plus belle mais pour moi, la beauté ne compte pas ! Pour moi ce qui compte, c’est la gentillesse, la sincérité !
– Mais nous deux, c’est comme Roméo et Juliette, non ?
– Moi je ne trouve pas, dit Cyrille.
Aurélie réfléchit puis elle déclare tout à coup :
« Tu sais, Lisa, je la connais bien ; à moi, elle dit tout et elle m’a dit que tu étais un imbécile ! Et qu’elle ne t’aimait pas !
– Mensonge ! Répond Cyrille. Et puis moi je l’aime !
– Ouais, c’est ça, ouais... grogne Aurélie.
« Marre, marre et marre de cette Lisa ! Se dit la jeune fille. Faut que je trouve un plan pour qu’il tombe amoureux de moi. »
« Cyrille, j’ai froid ! Protège moi !
– Ouais, arrête un peu ton charme, répond simplement le garçon.
« Zut ! Se dit la fille. Mon plan A a raté. Cherchons un plan B. Ah oui ! Je vais faire semblant de m’évanouir. Et cette fois Lisa va s’en mordre les doigts. »
« Aaaaaaaaahh ! Dit-elle et elle fait comme si elle tombait dans les pommes.
Cyrille l’attrape dans ses bras. Juste à ce moment là, sa CSP tombe de sa poche. Cyrille alors laisse tomber Aurélie et saisit sa CSP juste avant qu’elle heurte le sol. La fille, elle, chute.
« Mais t’es fou ou quoi ? Je me suis fait très mal au poignet.
Et Cyrille, très calme, répond :
« Et ma CSP alors ? Elle aurait pu se casser ! A cause de toi !
– Tu n’es qu’un idiot, dit la fille, je ne t’aime plus !
« Youpiiiii ! Se dit le garçon dans sa tête ; enfin je suis tranquille. Je vais pouvoir faire des cadeaux à ma Lisa ».
Puis Cyrille avoue :
« Tu pourras faire ou dire tout ce que tu veux mais j’aimerai toujours Lisa, un point, c’est tout !

« Plan B raté, se dit Aurélie. Il est trop fort mais je l’aurai, je l’aurai... »
Elle trouve un plan C : elle va dire cette fois qu’elle a mal à la jambe et pouf, tomber. En chutant, elle arrive à faire un bisou au garçon. « Smack ! » Un gros baiser sur la joue.
« Non mais, t’es malade ou quoi ?! S’indigne Cyrille. Je te l’ai déjà dit et tu vas écouter une bonne fois : Je ne t’aime pas ! J’aime Lisa. Toi, disons que je t’aime bien mais c’est tout ; c’est pas de l’amour, OK ? »
Aurélie se remet debout. Elle regarde dans ses poches. Elle râle :
« Zut, j’avais des gâteaux. Mais quand je suis tombé, les gâteaux se sont cassés en mille morceaux ! C’est de ta faute ! »

Pendant tout ce temps, les militaires continuent, non loin d’eux, à se battre. Cela fait toujours autant de bruit. A nouveau, un tank avance vers eux.
« Au secours ! Crie Aurélie.
– Tu sais, tu n’as qu’à aller un peu sur la droite et c’est fini. Tu vois, regarde le tank, il ne vient même pas sur nous.
Aurélie se dit « Bon, bin, le plan Calin avec Cyrille, cette fois, c’est bien raté ! » Elle espère au moins pouvoir lui tenir le bras. Ce qu’elle fait. L’autre réagit :
« C’est une blague ou quoi ?
– Heu, non, c’est pas une blague !
– Menteuse ! Tu vois, c’est pour ça que je ne t’aime pas. Lisa, elle, ne ment pas, elle est honnête.
– What ? Dit elle.
– Oh, pas besoin de parler en anglais quand je parle de Lisa. Tu t’énerves ?! T’es jalouse, vraiment !
– C’est même pas vrai.
Puis la fille sursaute :
« Au secours ! Cyrille, au secours !
– Quoi encore ?
– On vient sur nous !
– Qui ça, on ?
– Je sais pas ?! J’arrive pas à voir.
– Menteuse ! Encore une farce !
– Oh, après tout, si t’as envie de te faire écraser, c’est pas mon problème, dit la fille.
– Bon, très bien, je me retourne mais si c’est pas vrai, gare à toi. »
« Aaaaaaaaaaaaaaaaah ! »
Chapitre 7
Les retrouvailles

« Au secours ! »
Cyrille sent que quelque chose lui saute dessus. C’est un chien ! Mais d’où vient ce chien ? Cyrille a peur ; lui qui d’habitude n’a peur de rien, voilà qu’il a peur d’un chien. Il ferme les yeux ; il se dit que c’est un chien sauvage qui va le manger !
« Regarde, lui dit soudain Lisa, deux ombres, là bas ! Allons nous cacher, derrière ce rocher.
– Débarrasse moi de ce chien, d’abord !
Mais ils entendent alors des voix familières qui crient :
« Oscar, Oscar, où t’es Oscar ? »
C’est Lisa et Alexandre !

« Enfin, vous êtes là ! Dit Alexandre, retrouvant ses compagnons.
– Cyrille, je t’ai retrouvé, dit l’amoureuse de Cyrille.
– Lisa, je t’ai retrouvée, dit l’amoureux de Lisa.
Les deux enfants s’approchent, s’approchent, s’approchent et...
« Vous étiez où, à la fin ?! Dit Aurélie en cassant l’ambiance.
– Je vais tout vous expliquer, dit Alexandre. Tout a commencé pendant la partie de cache-cache. Je me suis fait avoir par la branche !
– La branche ? Quelle branche ?
– J’étais monté dans un arbre, j’étais assis sur une branche et elle a cédé. Après, on vous a cherché partout et nous sommes...
– T’as oublié de dire, le coupe Lisa, qu’on a trouvé le bracelet de Cyrille et l’écharpe d’Aurélie.
– Arrête de m’interrompre, Lisa ! Nous nous sommes réfugiés dans une grotte et on a entendu des coups de feu ; les bruits venaient de derrière une porte, tout au fond de la caverne. On est passé par cette porte pour arriver dans la poudrière. Quelle poussière, je vous dis pas ! C’était irrespirable, insupportable. On a visité. J’ai même fait tomber mon boîtier mais ce brave chien me l’a ramassé. J’avais oublié que j’avais cet appareil ! Tu te souviens, Cyrille, de cette CSP que je t’avais offerte pour ton « anniv » ?
– Bien sûr que oui, répond Cyrille.
– Tiens, au fait, je profite de cette interruption pour te rendre ton bracelet.
– Et comment finalement vous nous avez retrouvés ?
– Hé bien, je regardais sur le boîtier de contrôle !
– Comment ça ?
– Bin, oui, nos CSP sont super-modernes ; mon père y avait mis un émetteur dans chacun et je pouvais te suivre comme avec un GPS ! Tu sais, quand j’ai dit à Lisa que je pouvais te trouver et où, elle m’a secoué comme une folle. Bref, j’ai regardé sur mon boîtier. Vous n’étiez pas loin. Et voilà, on vous a retrouvés !
– Alors, c’est ça l’histoire ? Dit Aurélie.
– Aurélie, je reprofite de l’occasion, ajoute Alexandre, pour te redonner ton écharpe !

Cyrille a l’air content de retrouver Lisa ; il se met à chanter : « Alléluia ! Alléluia ! »
Lisa se moque un peu de lui :
« Alors, comme ça, t’as eu peur d’un petit toutou ?
Mais lui répond :
« Tu m’as vraiment manqué, tu sais ; j’ai pensé à toi tout le temps ; même dans mes rêves, tu étais là. »
Aurélie est verte de jalousie.
Cyrille tient la main de Lisa. La fille lui dit :
« Oh mon Cyrillounet adoré !
Le garçon, maladroit, déclare :
« Je dois t’avouer quelque chose.
Il hésite.
« Je...je... suis amoureux de toi ! »
Mais Lisa, occupée à caresser le chien Oscar, n’a pas entendu. Elle dit :
« Pardon ? Je n’ai pas entendu ! Tu disais ?
– Non, rien, rien... »

Aurélie, elle, cherche à rendre Lisa jalouse. Elle dit tout fort :
« Oh, merci Cyrille, de m’avoir sauvée !
Il ne réagit pas, elle le gifle :
« Pourquoi es tu avec cette sorcière ? Tu me trahis après tous ces moments romantiques qu’on a passés tous les deux dans le fort. »
Lisa s’énerve à son tour et gifle Cyrille sur l’autre joue.
Le chien regarde le spectacle tout triste ; il ne comprend pas tout. Il court vers Alexandre et aboie, comme pour demander son aide.
Alexandre dit alors :
« Hé, les copains, faut qu’on se tire d’ici ?! Nos parents s’inquiètent !

Ensemble, ils se mettent en marche. La sortie ? Où est la sortie ? Ils veulent repartir dans la forêt mais ils ne retrouvent pas l’endroit par où ils sont rentrés. Ils montent un escalier. Le fort semble interminable. Partout ils voient des militaires, des chars.
« Faut oublier les militaires, sauvons notre peau ! Dit Alexandre.
Ils arrivent près du bâtiment des officiers. Soudain la terre tremble comme si c’était la guerre mondiale. Lisa se réfugie dans les bras de Cyrille ; Aurélie se vexe à nouveau et s’enfuit sans dire un mot. Cyrille s’en rend compte. Comme il avait dans la poche des morceaux de gâteau d’Aurélie, des cookies, il en prend un et le fait sentir par Oscar, avec lequel il est devenu copain.
« Cherche Aurélie, Oscar, cherche, mon chien ! »
Le chien se met à chercher, trouve vite les traces de pas de la fille.
« On est dans la bonne direction ! »
Ils arrivent près d’une immense porte verte.
« Allons y !
– Non, non, dit Lisa ; si ça se trouve, il y a des officiers !
– Oh, regardez, là ! Aurélie ! »
La fillette en effet est cachée dans un recoin qui ressemble à une prison. Elle tremble. Sa conscience lui dit de ne pas s’en faire mais son coeur lui dit le contraire et c’est son coeur qu’elle écoute.
Elle dit aux trois jeunes gens, très tendue :
« Quand j’étais seule, j’ai entendu des hommes qui parlaient d’une guerre. Ils vont tout détruire ! Avant ce soir, ont-ils dit ! Il faut s’en aller. J’ai pas envie de mourir. »
Elle saisit Cyrille par le bras :
« Faut qu’on trouve la sortie avant cette nuit sinon on va mourir. Faut être conscient de ça, nom de Dieu ?! »
Lisa réagit :
« Mais, mais, mais... tu vas le lâcher, non ?
– Arrêtez, dit Cyrille.
Mais à ce moment là, les bruits de combat redoublent, boum, badaboum, ça tire, ça fume, ça tonne.
– On est perdus ! Lance Alexandre.

Chapitre 8
Du cinéma !

« Coupez ! »
L’ordre retentit dans le fort. « Coupez ! » Les enfants se demandent pourquoi on a crié ça. « Ils vont peut-être couper la tête d’un prisonnier ? » s’inquiète Cyrille.
 N’importe quoi, dit Aurélie. Ils vont sûrement couper une pomme ou quelque chose à se mettre sous la dent.
– Allons voir de plus près ! Propose Bouge-Bouge.
– Bonne idée, ajoute Lisa.

Ils s’approchent du lieu des combats. Mais la bataille est arrêtée. Ils voient un gros homme, au micro, qui crie :
« C’est nul, et nul et encore nul. Faut recommencer ! »
Les enfants ne comprennent plus rien. Mais qu’est ce qui se passe ici, se demandent-ils ? C’est quoi cette guerre ?
Ils voient des militaires enlever leur vêtement en disant :
« Il donne trop chaud, ce costume ! »
Un costume ? Comme en plein tournage ?
Le gros homme continue :
« Faut refaire la scène ! Toute la scène finale, celle de la destruction ! N’oubliez pas le scénario ! Prenez une pause de deux minutes, pas plus. Et on recommence ! »
Alors ils comprennent : on est dans un film ! Tout ça c’est du cinéma ! Depuis le début ! Les militaires étaient des comédiens ! Les combats étaient des faux combats.

Soudain l’homme barbu remarque les enfants et le chien. Il hurle, en colère :
« Qu’est ce que vous faites là, vous ? Comment vous êtes arrivés ici ? Vous allez déguerpir d’ici vite fait, vous et votre chien. »
« Doucement, répond Cyrille, au nom des quatre jeunes, doucement. On s’énerve pas, sinon ça va barder ! On baisse le ton ! On a déjà assez de problèmes, alors vous allez pas nous en rajouter
L’homme répond :
« Vous avez raison, faisons connaissance ! Moi je suis le réalisateur, je m’appelle Gérard. Et voici Catherine, c’est la productrice. On fait un film.
– Sur quoi ?
– Sur la guerre.

A leur tour, les enfants se présentent, ils racontent la partie de cache-cache qui a mal tourné, leur difficulté à trouver la sortie.
L’homme les regarde, s’adresse à Lisa :
« Petite fille, viens voir un peu ici. Tu sais que tu as une allure de star ! »
Lisa rougit.
« Ça te dirait de jouer dans mon film »
Elle remercie et demande :
« Oui d’accord, mais, mes amis, vous les prenez aussi ?
– Si tu veux, pas de problème. Vous pourriez par exemple jouer le rôle d’enfants perdus dans le fort.
– Mais c’est déjà le cas ! Répond Alexandre.
– Ecoutez, je vous propose un marché : vous jouez, comme figurants dans mon film, et moi je vous montre, après, la sortie du fort.
– OK, c’est dans la poche, font-ils ensemble, tout joyeux à la fois de faire du cinéma et de rentrer bientôt chez eux.
– Alors dépêchez vous d’enfiler vos vêtements et d’apprende votre texte ; vous avez cinq minutes. Quant à votre chien, il va s’entraîner à faire le chien de garde ».

Les enfants s’habillent en petits soldats.
« ça fait bizarre d’être dans un costume, non ? Dit Alexandre.
– Menteur, répond Lisa, on se déguise aussi pour le carnaval !
– Premier essai, dit le barbu, attention : 3, 2, 1, Action !
– Tous derrière le mur d’enceinte, crie Cyrille, tout de suite dans la peau de son personnage.
– C’est quoi le mur d’enceinte ? Dit alors Lisa.
– Mince, c’est quoi déjà le texte, ajoute Aurélie !
– Coupez !, s’énerve l’homme barbu. Coupez ! Vous ne connaissez pas votre texte. Cinq minutes de pause et on recommence.

Un peu plus tard, nouvel ordre :
– Deuxième essai : 3, 2, 1, Action !
Cette fois les enfants sont bien dans la peau de leur personnage. Ils gardent les prisonniers ; ils courent au mur d’enceinte ; ils vont vers la forêt ; ils tirent avec leurs armes.
« Touché ! » crie Cyrille, tout en se disant : heureusement que ma tenue est infaillible ! Et surtout heureusement que c’est pour de faux !
« Coupez, c’est dans la boîte ! Dit, enfin content, l’homme barbu. Puis il leur propose encore une nouvelle scène, dans le fort :
« Troisième essai, 3, 2, 1, Action ! »
« Stop, on n’est pas prêts » disent les enfants.
Il faut recommencer peu après la scène, une chasse à l’homme, une course aux prisonniers. Cette fois, tout marche.
« Coupez ! C’est dans la boîte ! » dit le réalisateur.
De son côté le chien, même s’il ne comprend rien à l’histoire, tient bien son rôle de chien de garde.

Mission accomplie : le réalisateur reconduit les enfants à la sortie du fort.

Chapitre 9
La fête

Le lendemain, au fort, c’est la fête.
Les quatre enfants avaient tout expliqué à leurs parents, qui avaient en effet trouvé que la partie de cache-cache avait duré bien longtemps. Mais ils ont pardonné à leurs petits.
Monsieur Patrick François, de l’Association des Amis du Fort, a invité, au Fort, les enfants et leurs parents, et aussi les gens qui ont fait le film. Quand tout le monde est là, Gérard, le réalisateur, dit :
« 3, 2, 1, que la fête commence ! »
« C’est la teuf » se réjouit Bouge Bouge.
« Trop cool ! » ajoute Lisa.
« On va voir le film ? » demande Aurélie.

La fête débute avec des feux d’artifice. Des parents sont venus avec de gros gâteaux, au chocolat, à la vanille.
Alexandre fait le D.J., il a fière allure.
« Préparez vous ! » dit-il et il lance la Zouglou dance. Tous les jeunes chantent ensemble : « on tend les mains, on bouge les pieds, on bouge la tête, Zougloukata... »
Tout le monde danse à présent, Alexandre avec Lisa, les parents dansent aussi.
Alexandre dit ensuite :
« On va danser maintenant du « couper decaler » mais il faut que je trouve la musique.
« C’est pas grave, intervient Cyrille, sinon on danse du break danse »
Les parents d’Aurélie sont en forme :
« ça va swinguer » disent -ils, et on les entend chanter : Po po bo po po poo poo...
Bouge-Bouge, aux manettes, est un vrai magicien.

A ce moment là, Gérard, le réalisateur, et Catherine dirent :
« Et si on faisait un battel ? »
Un « battel » est une compétition de danse.
Ils proposent que le concours se fasse entre les enfants et les parents.
Le père de Lisa boude :
« c’est injuste, les enfants dansent mieux que nous, avec tous leurs hip hop, couper décaler, zouglou dance, break danse...
– C’est pas grave, précise une mère. Nous, on a la salsa, la valse.

Un premier « battel » oppose les parents de Cyrille et de Lisa avec leurs enfants, un second battel met face à face les parents d’Aurélie et d’Alexandre d’un côté avec leurs petits de l’autre.
« ça te rappelle des souvenirs, chéri ? » dit la mère de Cyrille à son mari.
 Oui, plein de souvenirs, rêve le mari.
Les parents sont les meilleurs en salsa, les enfants en hip hop. Tout le monde finit par danser et semble heureux, sauf peut être Aurélie et Lisa qui continuent à se jalouser : « Vieille chouette » dit l’une, « Chose affreuse » répond l’autre.
Chapitre 10
Dix ans plus tard

Dix ans plus tard, Lisa et Cyrille se marièrent. Et Lisa, dans son coin, râlait : « Je l’aurai, je l’aurai... »



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