Congrès2

Table ronde /Front de gauche
Bilan et perspective

Comment renforcer le Front de gauche ? Comment élargir cette dynamique ? Débat entre trois dirigeant(e)s communistes, Marie-Pierre Vieu, Fabien Guillaud Bataille et Marine Roussillon, membres du Conseil national, sur un des grands enjeux traités dans la base commune ( correspondant à la « fenêtre 4 »).

Comment appréciez vous le bilan du Front de gauche ?

Marie-Pierre Vieu

Ce qui a scellé la création du Front de gauche est la volonté de construire un rassemblement à vocation majoritaire, pour transformer la gauche et ouvrir une autre voie que celle de la résignation. Ce choix nous l’avons fait en 2008 et il constituait notre réponse aux mutations du capitalisme, de la crise qui s’ancrait en Europe, les évolutions de la social -démocratie , ses défections sur des questions aussi structurantes que l’Europe. Nous sommes dans une situation nouvelle depuis mail ; la défaite de Sarkozy, l’élection de F. Hollande et notre décision de rester extérieur à la majorité car refusant d’accompagner ses orientations sociaux libérales confirment l’importance de notre choix du FdG. Notre présence continue aux élections depuis 2009, nous a permis de gagner un rayonnement croissants, de re-tisser des liens avec une partie du peuple de gauche qui nous avait quitté depuis longtemps ; je pense au monde de l’entreprise comme aux intellectuels. Nos plus de 11% à la présidentielle ont pesé fortement dans le résultat ; nous y avons eu un rôle moteur pour re-politiser le débat et notamment en redonnant du sens à l’affrontement gauche/droite, en retissant le cordon sanitaire que Sarko et Guéant avait commencé à casser entre droite et FN… Tout cela constitue une base inestimable pour peser sur la situation actuelle.
Marine Rousillon

Les expériences du Front de Gauche sont différentes en fonction des territoires, des thématiques… Le bilan de cette stratégie est contrasté. D’un côté, nous sommes apparus comme une force de proposition capable de rassembler. Le PCF en est sorti renforcé, le projet communiste a gagné en audience. Mais de l’autre, les relations avec nos partenaires sont houleuses. Sur des questions de fond comme de stratégie, nos désaccords nuisent à la clarté de nos positions et à nos résultats électoraux (nombre d’élus). Trois questions essentielles font débat : quelle est la position du Front de Gauche par rapport au PS au pouvoir ? quelle importance faut-il accorder aux élections dans la vie politique ? quelle est la nature du rassemblement que nous voulons construire ? Sur ces questions, les communistes doivent se prononcer clairement, en direction de nos partenaires et de l’ensemble de la société. Nous ne voulons ni d’une nouvelle organisation politique, ni d’une stratégie du « recours » qui consisterait à attendre les prochaines élections pour rompre avec les politiques libérales. Nous voulons créer les conditions de l’intervention politique du peuple et ainsi imposer tout de suite les mesures qui nous permettront de sortir du capitalisme en crise.

Fabien Guillaud Bataille

De mon point de vue, l’heure du bilan n’est pas encore arrivée. Il ne s’agit pas de prendre une photo arrêtée mais plutôt de voir le mouvement général, long. Le Front de Gauche est aujourd’hui un instrument de bataille idéologique, de rassemblement et parfois de lutte. Il nous a manqué une crédibilité, une force pour transformer le succès d’opinion de la présidentielle en succès électoral et en nombre d’élus. Mais l’inscription du FdG sur la scène politique est un phénomène dont il convient de prendre la mesure réelle. Car que nous enseigne, au fond, cette dynamique ? D’abord que notre parti est en mouvement, qu’il se transforme et se renforce même, et qu’il a pu ainsi opérer un retour remarqué sur la scène politique. Ensuite que toute une partie du peuple de gauche s’est reconnue dans notre démarche de rassemblement et dans le programme politique que nous portons. Mais au delà, et c’est peut être le plus important, il a servi de révélateur et de catalyseur des revendications populaires et les a mis en mouvement dans une véritable dynamique de conquête.

Ce serait quoi la saison 2 du Front de gauche ?

Marie-Pierre Vieu

La question d’une autre perspective à gauche que celle de la soumission aux marchés proposée par le gouvernement Ayrault appelle encore plus qu’en 2008 à travailler notre ambition majoritaire. Dans l’action avec la campagne que nous engageons contre l’austérité. Dans l’élargissement de même de notre rassemblement. Avec l’entrée de la GA et des Alternatifs, le Front de Gauche capte quasiment tout l’espace politique à gauche du PS. Il nous faut maintenant faire basculer toute une partie de celles et ceux qui ont voté Hollande en mai, construire un front de gauche plus citoyen et populaire (on a parlé de nouveau front populaire au début du fdg) et favoriser la mise en mouvement de tous ceux qui aspirent à un vrai changement. Il s’agit donc aujourd’hui d’aller à la bataille sur le terrain social, politique, et des idées, donner de la force à des alternatives aux projets du gouvernements ; créer à chaque instant, les conditions de l’intervention populaire pour faire bouger les lignes à gauche ; élections inclues. Les Fronts de luttes ou thématiques visent à favoriser ces convergences, leur donner une issue… Les Assemblées Citoyennes constituent encore un terrain d’élargissement local de notre assise. Il nous faut multiplier ces expériences. Dans la préparation du congrès du PCF, les communistes doivent s’approprier collectivement la réalité de ce qu’est aujourd’hui le Front de gauche ; les débats qui le traversent, la manière dont il évolue. Cela sera un facteur de confiance pour eux car ils y jouent un rôle essentiel.

Marine Roussillon

Il ne s’agit pas de faire vivre le Front de Gauche pour lui-même, mais de construire un rassemblement utile. Multiplions les fronts de proposition et d’action aux contours variables : soyons à l’initiative pour rassembler ici pour de nouvelles nationalisations, là pour la démocratisation de l’accès à la culture et à l’éducation, ailleurs pour de nouveaux pouvoirs aux travailleurs… partout avec l’objectif de gagner, maintenant. Saisissons toutes les occasions de mener la bataille pour donner le pouvoir au peuple. Dans cette stratégie, le PCF doit jouer un rôle moteur. Cela passe par un nouvel élan de notre implantation sur les lieux de travail et par un approfondissement de notre analyse de la crise et des contradictions du capitalisme qu’elle révèle. La « coopérative » proposée par le texte du CN peut être un cadre utile si elle n’est ni l’ébauche d’une nouvelle organisation, ni un appareil opaque destiné à faire de la place à quelques « personnalités », mais un espace de travail qui permettraient à des syndicalistes et à des intellectuels de s’inscrire dans une démarche politique, dont le travail nourrirait l’action politique autonome du PCF et où pourraient apparaître des convergences nouvelles.

Fabien Guillaud Bataille

D’abord il me semble nécessaire de dépasser la simple addition d’organisations qui composent le Front de Gauche. Nous devrions enclencher une dynamique de rassemblement plus large, tout en veillant à ce que chacun y trouve sa place. Nous devons donc donner toute leur place aux assemblées citoyennes du FdG mais aussi travailler à 3 principes de fonctionnement essentiels : la démocratie, la proximité et la diversité. Cela implique que les communistes s’y investissent pleinement d’une part, et s’y renforcent d’autre part.
Concernant la forme du FdG, l’idée de « coopérer » est le chemin à suivre car il permettrait de libérer l’expression, la création et les luttes...mais aussi d’expérimenter d’autres formes de démocratie et de militantisme. Pour autant, s’il y a besoin d’organiser l’intervention du FdG, y a-t-il pour autant besoin de recréer des structures ad hoc ? Il me semble au contraire que pour développer le FdG nous devons avant tout travailler à créer les conditions optimales permettant d’articuler notre projet communiste au rassemblement plus large autour du FdG. Il est donc essentiel de perfectionner nos lieux de discussion, de réflexion et d’action.
Enfin, afin de nous positionner comme une force motrice, l’idée d’initier une grande campagne populaire autour de l’interrogation « et vous, quel changement de société voulez-vous ? » me semble réellement pertinente. Elle permettrait de remobiliser, de rassembler plus largement sur des questions précises, de déboucher sur des luttes... mais aussi de porter nos propositions afin d’ancrer durablement le FdG dans le paysage politique et de transformer le rapport de force.

Propos recueillis par Gérard Streiff



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