Despentes

By by Blondie

Un livre de colère, un pétard, le roman d’une ( jeune) femme qui ne supporte pas qu’on lui dise ce qu’elle doit faire. L’auteure a une réputation sulfureuse, qui complique l’approche de ses écrits ; ce genre de
réputation qui agit comme une censure ou qui pousse au contraire à aller y voir de plus près.
Livre enragé, "By by Blondie" est pourtant une très belle histoire d’amour. Gloria l’héroine se fait renverser par une voiture ; à son bord Eric, son
amour de jeunesse devenu présentateur télé, un bourgeois croisé en HP. A l’époque, il se faisait appeler Karim. Ils avaient 16 ans, elle était prolo, il était le riche. Elle échappait aux coups de son père, incapable de comprendre que sa fille « ne veuille pas aller bosser, qu’elle ne croie pas en son monde ». Leur liaison amoureuse à l’HP est rude, brutale ( rien à voir avec l’histoire drolatique du dernier film de Desplechins, « Rois et reines » qui se déroule aussi en un tel lieu).
A l’HP, c’est la découverte de l’enfermement, avec une psy « aussi rigide qu’un catho intégriste à qui on parlerait échangisme ». Elle en sortira mais « avec des morceaux de cœur en moins et un cerveau pété en deux ».
Dehors, elle se saborde tranquillement, dangereusement : la galère, la route, les squats, les concerts rock...

Et donc, 20 ans plus tard, ce sont les retrouvailles avec Karim-Eric. Un « conte de fées à deux euros », le duo improbable de la marginale, punk, déjantée et de la star de l’audiovisuel. Le livre est plein de rage, sans cynisme ni mépris ; plein énergie et d’humour, plein de musique aussi, façon Janis Joplin. Mais si Joplin écrit « women are losers » (les femmes perdront),
Despentes ne se résigne pas et pense plutôt qu’ « un joli truc, lumineux et pas compliqué » pourrait arriver.
Un livre sur le face à face femme/homme bien sûr mais aussi pauvre/riche
(des pages terribles sur les riches chez Fauchon, par ex), la marginale et le people ( et le parler mode), la colérique et l’organisé, l’adolescente (qu’elle continue d’être) et l’adulte (qu’il est un peu trop).
Comment, petit à petit, ce paquet de nerfs entre dans le monde, sans se
compromettre ?
Beau livre anti-résignation d’une auteure en colère, qui tape sur la table, dénonce les hypocrites, les arrogants, le fric.

VD est née en 1969 à Nancy (où commence ce récit) ; milieu modeste, des postiers. Violé à 17 ans. Pas de vraies études, des petits boulots puis la prostitution.« Qu’on vienne pas m’emmerder à essayer de m’expliquer combien les hommes aiment les femmes parce que dans l’ensemble, putain, comme ils nous en veulent ! »

Sur la difficulté à témoigner (après un viol), à donner la parole à la victime, elle écrira « Baise moi » ; ne trouvera pas d’éditeur pendant un an, sera publié en 1994. Deviendra un film (2000) classé x !
Aux beaux esprits comme Finkielkraut qui déclare que la femme a tort d’être
vulgaire, elle rétorque :« J’aime pas qu’on vienne m’expliquer ce qu’en vertu de mon sexe je suis invitée à ressentir. J’aime pas non plus qu’on me dresse la liste des choses qu’une fille ne devrait pas faire. Ca me fatigue. »

Autre livre : "Teen spirit", sur ce monde répressif et résigné.
V.D. est fan de musique, dure à l’image de sa rage, punk-rock (genre Bérurier noir).
(Café littéraire 2005).

Grasset



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